Le retrogaming, entre madeleine de Proust et ôde à la nostalgie capitaliste

Le retrogaming, entre madeleine de Proust et ôde à la nostalgie capitaliste
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Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui courent après le dernier jeu à la mode et ceux qui sont nostalgiques. Toi tu rêves de souffler dans une cartouche.

Phénomène de société

Depuis quelques années déjà, la pop culture ne jure que par les années 80. Cinéma, séries télé et jeu vidéo n’en finissent plus de convoquer les souvenirs des d’jeuns d’antan et la curiosité des d’jeuns d’aujourd’hui. Les raisons sont diverses, particulièrement floues mais peu importe : les effets sont là, bien visibles, du simple sourire nostalgique de façade jusqu’au trou dans les tréfonds du porte-monnaie le plus garni. Parce que oui, ne nous le cachons pas, cette vague de nostalgie reste avant tout un moyen incontournable pour se faire de la money money money comme le chante si bien ce groupe suédois très connu. Une tendance qui touche tout particulièrement le Jeu Vidéo de plein fouet, produit culturel capitaliste par excellence ! Consoles, jeux et accessoires : le jeu vidéo regorge en effet de pléthore d’éléments pouvant susciter la nostalgie, d’autant au regard de sa fulgurante évolution. Après tout, ce n’est pas pour rien qu’une partie de la communauté des g@mers la plus conservatrice n’a de cesse de répéter que c’était mieux avant.

far cry blood dragon

Du Moonwalk à la marche arrière, c’est une question de style

Ce désir d’avant, l’industrie vidéoludique s’en est rapidement emparée au sein même de ses productions. Du simple clin d’oeil en passant par l’inspiration marquée jusqu’au mimétisme le plus fainéant, l’instrumentalisation de la nostalgie connaît bien des visages. Si les philosophes débattent toujours autour des origines et de la signification de la nostalgie, l’industrie culturelle n’a en revanche pas mis bien longtemps avant de comprendre l’attrait financier du phénomène. Suites de classiques insipides (le chemin que semble prendre Shenmue 3), compilations paresseuses (Capcom et Sega sont de grands spécialistes) et remasters frôlant l’arnaque (coucou Square Enix) ne me contrediront pas.

shenmue 3

Trêve de jugement de valeur, si la nostalgie peut être utilisée à des fins purement marketing et mercantile, elle peut également être le tremplin vers de formidables productions et opportunités de découvertes. Il suffit de voir des jeux comme Shovel Knight qui transcendent leurs inspirations et signent de véritables perles d’univers et de game design. Autre cas, celui des remakes soignés qui actualisent des classiques d’antan comme le prochain Link’s Awakening sur Switch ou le récent Resident Evil 2. Des projets qui permettent aussi bien aux anciens joueurs de replonger plus confortablement dans un univers qu’aux nouveaux de découvrir des jeux qu’ils n’auraient sans doute jamais expérimentés.

Quand la nostalgie devient objet de fantasme

Outre la résurgence de sensations manette en main, la nostalgie c’est aussi et surtout un appel aux émotions et aux souvenirs. Des émotions qui peuvent être satisfaites simplement par le matérialisme le plus sommaire. Parce qu’un jeu ce n’est qu’au demeurant des lignes de code, l’objet lui-même (la disquette, la cartouche, le CD, etc.) peut suffire voire transcender le sentiment de nostalgie. Effectivement, si jouer à un jeu peut raviver une flamme que l’on voulait plus ardente, il n’est pas rare que la déception pointe rapidement le bout de son nez. Contrôles infâmes, suspension d’incrédulité variable : se replonger dans un jeu des années après peut détruire ce souvenir qui nous est si cher. Nous changeons, notre ressenti aussi. Là est tout le piège de la nostalgie, celui de l’idéalisation d’une époque révolue, l’idéalisation d’un moment, d’une sensation que l’on ne pourra jamais revivre. Non pas parce que le voyage dans le temps n’existe pas (encore ?) mais bien parce que ce moment lui-même n’a en réalité jamais existé. Il n’est que le pur produit d’un événement passé mêlé au souvenir fantasmé que nous en avons. Vouloir l’expérimenter à nouveau, c’est courir le risque de se confronter à l’amère réalité, c’est tuer le fantasme et détruire notre refuge secret. Vouloir rejouer à un jeu c’est bien, posséder un objet qui nous le rappellera, c’est encore plus fort.

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L’objet est palpable. Sa simple vue suffit à nous rappeler des souvenirs. Comme un enfant et son doudou, il suffit à lui seul à instaurer ce sentiment de sécurité que nous chérissons tous. À peu de chose près que ce n’est pas l’objet à proprement parlé que nous chérissons mais bien le souvenir qu’il suscite. Alors quoi de mieux qu’une console pour symboliser toute une époque ? Rajouter à ça une sélection de jeux de l’époque et quelques corrections techniques (HDMI, miniaturisation des composants) et vous obtenez là un carton planétaire qui lancera une nouvelle mode, celle des consoles mini. Bien qu’à ce jeu là ce ne fut pas Nintendo qui lança la danse, c’est bien la firme du plombier qui démocratisa la tendance grâce à sa NES Mini et ses quelques 3 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Depuis, pléthore de constructeurs ont suivi le mouvement (retrouvez ici une sélection de consoles rétro).

Des avantages insoupçonnés

Ne nous le cachons pas, au-delà de ce simple sentiment de satisfaction qu’apporte la possession d’un tel produit, ces consoles n’ont pas grand intérêt. Entre qualité d’émulation variable, plastique sommaire et roms de jeux trouvable facilement sur le net, il ne reste plus que le modèle de la console et ses contrôleurs “d’époque” pour justifier l’achat. Quand bien même, il demeure quelques avantages insoupçonnés… 

Le premier, évident, c’est celui de l’accessibilité. Parce que tout le monde n’est pas féru de bidouille, il n’est pas toujours facile de réussir à se procurer les titres les plus anciens. Même le marché de l’occasion reste très incertains : jeux ou consoles endommagés, produit introuvable ou prix exorbitant auront tôt fait de décourager les moins téméraires. Ces consoles mini officielles représente donc une bonne initiative qui a l’avantage d’être non seulement abordable mais surtout fidèle à l’esprit original du produit. Une occasion de redécouvrir ou de faire découvrir tout un pan de l’histoire vidéoludique. 

Le second avantage, lui, est pragmatique. Qui dit production et distribution à grande échelle dit forcément mise en circulation de nouveaux supports et modèles pour ces consoles et jeux du passé. Des supports physiques qui représentent autant de copies que de sauvegardes d’une partie (infime certes) du patrimoine vidéoludique. À l’heure où la question de la conservation de ce patrimoine fait encore débat (ce qui est d’ailleurs le cas pour la plupart des produits culturels déconsidérés ou simplement dématérialisés), ce raz-de-marée est une malheureuse aubaine. Malheureuse de part les conditions de productions, de distribution et de recyclage de ces produits qui ne font que s’ajouter au désastre social et écologique en cours… 

  • Cet article est un article sponsorisé rédigé par nos soins.

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