INTERVIEW | Kriza Lied et Never Surrender

Ami(e)s des cocons et des antennes, bonjour ou bonsoir, peu importe. Il est rare que je lise des mangas sauf exceptions comme Berserk, petit manga méconnu au rythme de parution soutenu. Donc si j’en lis, qui plus est sur Internet, c’est qu’il a captivé mon attention. Aujourd’hui, zoom sur Never Surrender avec son autrice Kriza Lied.

La mue de la chrysalide

Kriza-Lied
Kriza Lied et ces deux compagnons Berlioz (à gauche) et Leeloo (à droite).

Isabelle, alias Kriza Lied est une mangaka, gribouilleuse de 27 ans. Mais pour comprendre comment elle en est arrivée là, il faut remonter le temps. En 2009, Isabelle décide de suivre une formation de stylisme où elle commencera à travailler ses dessins. Mais après un an, elle change de formation et part faire une école de mangaka. Elle y travaillera le dessin et le scénario pendant trois années. Elle y croisera aussi la route d’une enseignante japonaise qui lui donnera une méthodologie proche de celle du pays du soleil levant :

kriza-lied-medaillonDans cette école j’ai vraiment appris à bûcher comme pas permis. J’ai appris à mettre de côté tout ce qui peut être considéré comme superficiel.

En effet, la rigueur est souvent de mise au Japon, ce qui à ses côtés positifs mais aussi négatifs. Car si les fans de mangas aiment que leurs mangas préférés soient rapidement publiés, ils peuvent être souvent déçu quand celui-ci tarde à paraître, l’auteur(e) parvenant difficilement à suivre ce rythme infernal. On pourrait aussi noter la problématique du soutien psychologique très présent en Asie. Isabelle l’avoue :

kriza-lied-medaillonJe remercie le fait d’être Européenne de base car ça m’a permis de faire deux poids deux mesures. D’être ni dans un extrême ni dans l’autre.

Mais ce n’est pas le seul enseignement que l’école lui a apporté : elle a aussi pris le goût du travail traditionnel pour le manga :

kriza-lied-medaillonElle (sa professeure japonaise) nous enseignait le manga traditionnel donc à la plume. (…) Déjà que j’aimais le rendu de base alors dès que je me suis mise à la pratique, je ne pouvais plus m’en passer !

D’ailleurs, le fait que la plupart des mangas soient en noir et blanc vient en parti de l’origine des mangas qui signifie “image légère” ou “image dérisoire”. Mais sa formation ne délivrait pas de diplôme reconnu par l’Etat. Il faut bien le dire, la culture du manga, même si très présente depuis des décennies chez nous, souffre encore de reconnaissance. Il existe bien quelques formations comme Human Academy qui fournisse un diplôme reconnu mais ne pensez pas percer tout de suite, le domaine reste très saturé. Néanmoins, si vous êtes très motivé, vous pouvez toujours essayer, l’expérience acquise n’est jamais perdue !

Ne jamais abandonner

C’est d’ailleurs dans cette formation que l’on trouve la genèse de Never Surrender :

kriza-lied-medaillonIl n’a pas une genèse très sexy ce manga. Ce n’est pas J.K.Rowling qui l’a écrit (Harry Potter pour les deux du fond) en faisant une dépression. C’est un devoir de fin d’année d’étude.

Le but de se devoir était de créer un manga qui pourra être publié par un éditeur. Après 5 chapitres publiés et un 6ème qui approche, on peut dire que le devoir a été plus que réussi. De plus, l’univers du manga a été modifié pendant ce devoir :

kriza-lied-medaillonJ’ai présenté une première fois le projet avec l’idée d’un monde avec des humains et des sylvaniens. Les sylvaniens n’avaient pas les même droits que les humains. Et ce projet n’emballait pas trop ma prof. Ça m’a tellement saoulé que je suis passée une deuxième fois en disant c’est un peuple qui est opprimé, ils n’ont pas de droits, ils sont tués, ils sont torturés. Et là elle m’a dit, « Eh bah ça c’est bien ».

Donc vous avez un avant goût de l’univers dans lequel vous allez plonger. Mais pour créer cet univers, Kriza Lied a réalisé beaucoup de recherches sur l’esclavagisme par exemple :

kriza-lied-medaillonJ’ai commencé à faire beaucoup de recherches historiques sur les colonisations, sur les ethnies opprimées. En fait, plus je faisais mes recherches, plus je me disais « c’est vachement intéressant, je pourrais rajouter des choses ».

Elle ajoute sur cette recherche d’information :

kriza-lied-medaillonC’est indispensable. C’est comme te lancer dans un débat sans connaître ton sujet.

Au final ce genre de recherche a permis à l’autrice de découvrir de nouveaux sujets et de les approfondir :

kriza-lied-medaillonJe suis une personne qui n’a pas fait d’études à la fac. Du coup, il y a plein de sujet que je n’ai pas étudié. Et me renseigner pour Never Surrender fait que je m’intéresse à l’histoire, à l’ethnologie, à la psychologie. Parfois, je me dis « À quel moment de ta vie tu t’es dis que tu allais faire ça ? ».

Une poigne de fer dans des oreilles duveteuses

Mais au final, qu’est-ce que Never Surrender ? Tout d’abord c’est surtout un Shonen. Car comme vous avez pu le deviner, les sujets abordés ne sont pas très mignons et le scénario pas très gentillet. L’histoire se passe dans un monde où humain et sylvaniens vivent ensemble. Les sylvaniens sont soit des laqués pour les humains, soit servent de canard laqué dans des exécutions ou des arènes. Bref, ils sont les dindons de la farce. C’est d’ailleurs l’une d’entre elle, Destiany, qui va être le personnage principal de ce manga. Elle est la domestique de Mylène Fortunella, une jeune aristocrate qui se rend au festival de Diomeda : un festival qui fête la victoire de l’empire de Parnassius. Et donc qui dit festival, dit divertissement, musique, exécution et attentat en tout genre, bref tout l’amusement disponible. En effet, malgré les efforts de l’empire pour faire taire les envies de rébellions, un groupe nommé Oxalis s’oppose à lui. Et c’est donc sous une attaque d’Oxalis que l’histoire commence et… C’est à vous d’aller le lire.

Mais je vais essayer de vous mettre l’eau à la bouche quand même. Tout d’abord, si après la lecture de ce court résumé vous pensez que vous allez vous retrouver avec un star wars fantasy avec un empire méchant et des gentils rebelles, vous faites fausse route. Les rôles sont assez flous dans le bon sens du terme. On a surtout différents camps qui essaient de prendre ou de garder le pouvoir tout en ayant des individus qui essaient de tirer profit de la situation. Le léger bémol pourrait être que certains personnages ont des rôles courants. Par exemple, Destiany fait penser à l’héroïne d’une classique histoire initiatique. Mais cela est bien compensé par leurs personnalités et par leur environnement. De plus, tout cela est bien tenue par une écriture qui essaie de garder un certain mystère sur les intrigues qui dessinent ce monde et qui ne porte pas de réel jugement sur les personnages. Cependant l’univers n’est pas trop lourd, grâce à la présence de quelques touches d’humours bien placées qui rythme le scénario et aère le récit. Pourtant, les problématiques sont souvent abordées en filigrane et ne sont pas forcément abordées à travers de grands monologues. Enfin, parlons des dessins qui vont vous accompagner pendant votre lecture. N’écoutez pas Kriza Lied qui décrit ces compétences en dessins comme “aléatoire”. Malgré certains dessins perfectibles sur le premier chapitre, on voit son style s’améliorer et tendre de plus en plus vers une ambiance singulière. Bref, Never Surrender est un très bon manga à découvrir.

Internet is really really great

Mais d’ailleurs comment se procurer les précieux chapitres de Never Surrender ? Et bien il y a deux solutions, et bientôt une troisième. La première et la plus facile, c’est d’aller sur le site tapas et de lire gratuitement les chapitres. Cette diffusion a été quelque chose de rassurante pour Kriza Lied :

kriza-lied-medaillonSans le numérique, si un éditeur n’était pas venu me voir, ce ne serait pas possible.

La deuxième est en version papier pendant les conventions mais c’est assez rare (JapanExpo et des expo en Bretagne). Enfin, la prochaine façon sera de passer par le shop Dunklayth qui est l’éditeur de Never Surrender. Le papier est d’ailleurs quelque chose qui attire toujours des lecteurs :

kriza-lied-medaillonJe croyais que le papier allait être un luxe pour Never Surrender mais pas du tout. Je rencontre de plus en plus de gens qui me disent « Ton manga à l’air super cool mais tant qu’il n’est pas en papier je ne pourrais pas le lire. ».

Il est vrai que le numérique n’est pas aussi confortable que nos bons vieux livres papiers. Autre point, le manga étant publié sur Internet, Kriza entretien un lien fort avec son lectorat via les réseaux sociaux. Une relation très importante pour la mangaka :

kriza-lied-medaillonQuand je sors un chapitre de Never Surrender, je demande aux gens parce que je ne pense pas avoir les pleins pouvoirs sur ma série. Une série ça se joue entre son créateur et son public.

Ce retour lui permet donc de mieux comprendre ses lecteurs et d’améliorer son manga sans non plus toucher à la trame principale. Mais plus que des conseils, c’est aussi des encouragements et de belles histoires autour de la lecture de son oeuvre :

kriza-lied-medaillonUn jour, un pote de longue date qui était d’origine sénégalaise m’a dit que quand il a lu Never Surrender, il avait une pointe de rage en lui tellement il se sentait identifié aux Sylvaniens et à leurs situation. Ça m’a attristé bien sûr mais en même temps ça m’a fait plaisir.

Ce qui permet de rappeler que vos retours (constructifs) sont toujours important et touchant car ça montre que vous tenez au travail que vous découvrez. N’ayez pas non plus peur de sur-analyser une oeuvre :

kriza-lied-medaillonJ’ai des personnes qui sur-analyse mon travail. Pour moi c’est toujours bien d’analyser une oeuvre tant qu’on ne fait pas de sa vision la vision canon (la vision officielle).

En revanche, elle reste assez objective sur la possibilité de percer sur Internet et de réussir à atteindre un public assez important pour pouvoir vivre de son travail :

kriza-lied-medaillonJ’ai beaucoup d’anciens camarades qui ont du mal à décoller sur Internet alors qu’ils sont tous aussi talentueux les uns que les autres.

Ce qui fait revenir à la notion de partage et de retour qui est tout aussi importante pour donner de la visibilité à un artiste dans un média remplis de talents extrêmement variés. On pourrait donc se questionner sur le futur statut des artistes sur Internet dans les prochaines années qui reste souvent précaire.

Cé ton destain

Maintenant que vous avez un peu découvert Kriza Lied et son travail, c’est à vous de jouer ! Foncez découvrir Never Surrender qui est tout aussi bon que prometteur traitant de sujets d’actualités à travers des personnages touchants. Mais aussi, découvrez une femme géniale et drôle sur ces réseaux sociaux mais surtout sur les lives de Dunklayth où les deux parlent de tout et surtout de rien en faisant de jolis dessins.

Son travail est à découvrir ici :

D’autres choses à voir :

Retrouvez l’intégralité de l’interview en vidéo sur la chaîne Youtube du site :

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