Sexisme et puritanisme, quand Youtube censure injustement les créatrices

Récemment, Twitter a été secoué par deux hashtags particulièrement préoccupants, #MonCorpsSurYoutube et #notmybattlefield. Deux mouvements de contestation que tout oppose si ce n’est le sujet qu’ils abordent : la place de la femme dans notre société.

Sexe, règles et rock’n’roll ?

Le premier hashtag, #MonCorpsSurYoutube, a été lancé par l’association Les Internettes qui promeut et encourage la création féminine sur Youtube. L’objectif de ce hashtag ? Dénoncer la politique de monétisation menée par la plateforme qui démonétise quasi-systématiquement tout contenu en rapport avec la condition féminine.mon-corps-sur-youtube-les-internettesRègles, pilules, rapport au corps ou sexualité sont de nombreux sujets classés tabous par la plateforme qui limite volontairement la diffusion de ce contenu. Un contenu qui traite pourtant de sujets tout à fait communs, en particulier pour la gent féminine. Ainsi, ces sujets, souvent à vocation pédagogique, toujours inoffensifs et parfaitement en accord avec le règlement de la plateforme se retrouvent presque censurés, leur visibilité handicapée, leurs propos honteusement cachés et leurs créatrices, bien sûr, complètement désabusées. Dernier exemple en date, la dernière vidéo de Charlie Danger qui avait pour sujet “Les règles dans l’Histoire” fut automatiquement démonétisée sans aucun motif particulier. Bien que le litige soit aujourd’hui résolu, ses conséquences demeurent irréversibles comme en atteste un commentaire de la vidéaste :

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Nous sommes donc face à un puritanisme outrageux, frein problématique à l’émancipation de la femme au sein de notre société. Une société toujours aussi sexiste et tout aussi hypocrite quand il s’agit de simplement évoquer le plaisir charnel. Faire changer les états d’esprit devient dès lors extrêmement difficile : comment démystifier un sujet si on ne peut même pas l’aborder sans risquer une quelconque forme de censure ? Youtube, autrefois synonyme de liberté et promesse de diversité devient peu à peu aussi restrictif que n’importe quelle autre moyen de diffusion. Bien loin d’être un simple reflet disgracieux, cette triste réalité n’est autre qu’une copie carbone des mœurs de l’écrasante majorité de notre société actuelle, et, c’est ce qui est à craindre, de celle à venir. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil au récent tollé du trailer du jeu Battlefield V pour s’en convaincre.

“C’est pas ma guerre !”

C’est ainsi que l’on aborde le second hashtag polémique du moment : #notmybattlefield. Traduit par “pasmonbattlefield”, ce mouvement de contestation est né suite à la révélation du tout premier trailer de Battlefield V. Celui-ci met en scène un bataillon de combattants de la Seconde Guerre Mondiale dont l’un de ses membres n’est autre…qu’une femme. Ce choix, quelque soit sa nature, a ainsi fait naître une levée de boucliers particulièrement hargneuse d’une partie de la communauté des joueurs. Une contestation qui se matérialise aussi bien à travers le hashtag lancé pour l’occasion que simplement via les commentaires et les avis sur ladite vidéo.

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Au 26 mai 2018, la vidéo enregistre quasiment autant de « like » que de « dislike ».

 

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Quelques commentaires désapprouvant la présence d’une femme soldat dans Battlefield V.

Sous couvert de respect historique, ce groupuscule de joueurs ne cesse de fustiger le futur opus de la franchise, accusant les féministes et autres défenseurs de l’égalité d’être responsable de ce qu’il considère comme une ineptie. Cependant, comme le rappelle habilement Benjamin Brillaud à travers une vidéo coup de gueule, des femmes combattantes, ce n’est ni nouveau, ni de la fiction.

Loin d’une simple maladresse ou d’une méconnaissance historique, ce qui se révèle être un faux argument cache en réalité une animosité certaine envers la figure de la femme et en particulier son incursion au sein d’un loisir et d’un contexte considéré, avec absurdité, comme exclusivement masculin. Cette animosité se manifeste ainsi par un sexisme éhonté d’une violence inouïe et disproportionnée, témoin là encore d’un problème plus vaste : malgré toutes les victoires remportées en faveur de l’égalité homme/femme, notre société reste profondément sexiste. Si cet état des lieux n’est pas nouveau, il est cependant préoccupant de constater qu’au lieu de tendre vers un semblant d’amélioration, nous semblons au contraire en proie à une inlassable régression. Car si à notre époque la simple apparition d’une femme dans un jeu de guerre est capable d’autant déchaîner les passions, la porte reste ouverte à tous les excès. Au milieu de tous ces doutes, seule une certitude demeure : si la route pour l’égalité est encore longue et semée d’embûches, la lutte, elle, ne doit jamais faiblir.

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2 commentaires sur “Sexisme et puritanisme, quand Youtube censure injustement les créatrices

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