CRITIQUE | Perdus dans l’espace, parent pauvre de la SF

Entre quelques séries originales, Netflix s’amuse parfois à jouer les fossoyeurs en ressuscitant d’anciennes licences. Cette fois-ci, l’entreprise a décidé de lorgner du côté de la science-fiction en remettant au goût du jour une vieille série des années 60 : Perdus dans l’espace. Bonne ou mauvaise idée ? Enfilons notre meilleure combinaison spatiale et étudions ensemble ce divertissement familial !

La méchante Dr Smith

Le point de départ de notre histoire est simple. Suite à une catastrophe, la Terre n’est plus un doux foyer où il fait bon vivre. Ainsi, il est proposé aux plus fortunés et aux meilleurs représentants de l’humanité de prendre un aller simple vers Alpha du Centaure pour s’établir dans une colonie paradisiaque. L’occasion pour les voyageurs d’espérer prendre un nouveau départ. La famille Robinson fait partie des heureux élus. Malheureusement, leur vaisseau mère est atteint par une avarie grave qui pousse les membres de l’expédition à atterrir en catastrophe sur une planète inconnue. Notre brave famille va alors devoir survivre et tenter de retrouver des survivant pour espérer pouvoir s’échapper et reprendre leur voyage…

Nous suivrons alors les tribulations de la famille Robinson composée de cinq membres : le père (John), la mère (Maureen) et trois enfants dont une jeune adulte (Judy), une adolescente (Peny) et un préado (Will). Une famille américaine typique dont l’absence du père, militaire accompli, a semble-t-il eu raison du couple alors au bord du divorce. Ajoutez à cela l’éloignement progressif que cela a pu creuser avec ses trois enfants et vous obtenez-là la première sous-intrigue de l’histoire. Perdus dans l’espace, au-delà de la survie, c’est aussi la tentative de réconciliation d’une famille en perdition. Une idée bienvenue et habilement traitée qui permet d’éviter le cliché casse-gueule de la famille parfaite. Malin. On regrettera cependant que celle-ci n’ait pas plus d’incidence sur le récit et soit rapidement évacuée au profit d’autres intrigues moins inspirées. Une tendance qui n’est pas isolée puisque la série Perdus dans l’espace creusera finalement très peu la plupart des sujets qu’elle pourra aborder. Guidée par le fil rouge de la survie et de la tentative d’évasion de cette planète “hostile” (nous y reviendrons), Perdus dans l’espace va malheureusement s’engouffrer dans une banale histoire de méchant machiavélique. Parce que oui, malgré une situation initiale suffisamment préoccupante et de multiples embranchements scénaristiques potentiels, les scénaristes ont préféré concentrer l’attention sur une seule menace : celle d’une femme antipathique du nom emprunté de Dr Smith.

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Et pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquaient : amitié extraterrestre, tolérance, tensions sociales au sein d’un groupe de survie, hostilité de l’environnement,… Les angles de traitement foisonneront pendant toute la saison mais seront finalement traités par dessus la jambe au profit d’une grande méchante sans aucun intérêt. Fade et sans aucune profondeur, elle jouera le rôle d’électron libre, celui d’empêcheuse de tourner en rond qui viendra compliquer encore davantage la vie des différents protagonistes. Une surcouche inutile qui parasitera tout le reste. En soit, l’intention n’est pas problématique, en revanche, son exécution l’est beaucoup plus. Jamais nous n’en saurons davantage sur les motivations de cette femme. Pire encore, elle qui ne semble agir que dans son propre intérêt prend parfois des décisions en contradiction totale avec ses convictions en dépit de tout bon sens. Si on prend également en compte ces plans machiavéliques complètement tirés par les cheveux, nous avons là la parfaite panoplie du mauvais antagoniste. Une antagoniste en décalage complet avec l’univers dans lequel elle évolue et qui, c’est là son principal défaut, n’est là que pour agacer le spectateur et instaurer une tension supplémentaire pendant le visionnage. Un procédé d’autant dommageable quand on s’aperçoit que la série avait déjà tout ce qu’il fallait pour nous impliquer sans user d’un tel artifice.

Une famille formidable

Mettons de côté cet odieux personnage et concentrons-nous davantage sur les Robinson. Bien qu’ils échappent de peu à l’image de la famille américaine parfaite et tête à claques, cela ne l’empêche pas de faire face à quelques abus, dérisoires, mais marquant de par leur accumulation. D’entrée de jeu, il va vous falloir accepter que quasiment tous les membres de la famille sont des génies, ce qui se révélera sacrément pratique. Mention spéciale au jeune Will, à peine 11 ans et spécialiste en géologie, sans parler de Judy, 18 ans, déjà docteur en médecine et capable d’opérer des patients à l’aveugle sans n’avoir jamais pratiqué auparavant. Des personnages extraordinaires je vous dis ! Seule exception, Penny qui occupe la place de l’ado en pleine crise, jamais avare en réplique humoristique. Fallait bien un sidekick rigolo. Ces “anomalies” mises de côté, force est de constater que l’alchimie entre les différents membres de la famille fonctionne plutôt bien. D’autres personnages comme Don ou le “robot”, sans que ce soit la folie non plus, restent agréables à suivre.

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Durant leur séjour, les Robinson feront face à de nombreux dangers et de nombreuses péripéties. Des situations délicates desquelles ils parviendront à se sortir grâce à leurs talents, leur lien très fort ou grâce à…la chance. Ce qui permet là encore de glisser subtilement jusqu’au second point perfectible de Perdus dans l’espace : bien souvent, les personnages ne doivent leur salut qu’à des éléments extérieurs inopinés. Autre point, lesdites péripéties ne sont parfois que le fruit de décisions stupides : que cela arrive de temps en temps est une chose, que ce soit quasiment systématique, ça en est une autre. On ne compte plus les incohérences comportementales, sans parler des personnages, Will en tête, qui n’apprennent jamais de leurs erreurs. N’en sort qu’une impression de surenchère : Perdus dans l’espace veut tellement nous en mettre plein les yeux qu’elle enchaîne les situations désespérées et les moments de stress superflus sans queues ni têtes.

La SF pour les nuls

Qu’on se le dise, Perdus dans l’espace est un divertissement familial. La série se doit donc de rester accessible et grand public. Mais Perdus dans l’espace reste tout de même de la science-fiction. Or, si l’un n’empêche pas l’autre, bien au contraire, il faut reconnaître que la dimension science-fiction du récit aura tôt fait d’exaspérer les habitués du genre. Comme évoqué précédemment, niveau thématiques, la série brasse très large et lorgne volontier du côté d’E.T. l’extra-terrestre, d’Interstellar ou encore de Pitch Black. Néanmoins, ces nombreux aspects restent désespérément en surface et ne donnent lieu qu’à de trop rares réflexions sans incidences sur le récit ou sur le développement des personnages. Un choix qui aurait pu être vite pardonné si seulement Perdus dans l’espace avait un tant soit peu soignée le rapport de ses personnages avec son environnement et ses enjeux. C’est avec surprise que l’on constate le je-m’en-foutisme de la plupart des protagonistes. La découverte d’une technologie inconnue ? Aucun intérêt. Appliquer des règles strictes de sécurité en milieu hostile ? Inutile. Organiser sérieusement la colonie et surveiller les agissements suspects ? Trop compliqué. Jamais Perdus dans l’espace ne parvient à nous convaincre de l’urgence de la situation, ni à insuffler une véritable logique de survie. Cette mascarade prend alors des atours de Club Med sauvage, une impression difficilement mise à mal par quelques moments de bravoure artificielle et des situations à risques dont le relatif danger est aussitôt désamorcé dans la seconde. On ne retiendra finalement qu’un équipement et des vaisseaux relativement crédibles ainsi qu’un agréable sentiment de dépaysement à la découverte des différents panoramas offert par la planète. De la science-fiction d’accord, mais de façade seulement.

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La façade d’ailleurs, parlons-en ! Perdus dans l’espace a bénéficié d’un budget conséquent dont une grande partie a été utilisée dans les effets spéciaux. Certes, certains effets piquent un peu les yeux mais à côté de cela, le reste est simplement sublime. Les environnements, la flore, les vaisseaux ou même le “robot” sont très convaincants et ne cessent de nous en mettre plein la vue. C’est beau, c’est propre et largement à la hauteur de ce qu’on peut attendre d’une oeuvre de science-fiction à gros budget. La réalisation, très portée sur l’action, est efficace. Quant aux thèmes musicaux, sans être inoubliables, ils font parfaitement l’affaire à grands coups d’envolées lyrique, vraie ode à l’aventure spatiale.

Perdus dans l’espace réunit tout ce qui fait le sel d’un bon divertissement : de l’action, de l’aventure, de l’humour et le sens du spectacle. Mais son rythme trop soutenu, ses personnages parfois insupportables et sa tendance à se reposer sur les deus ex machina témoignent de faiblesses d’écritures problématiques. Des faiblesses qui révèlent très vite une certaine recette de composition appliquée à tous les épisodes : un moule qui enferme la série dans un modèle préétablie et qui donne à l’histoire un aspect artificiel aggravé par une tendance à la surenchère. En ressort un divertissement efficace sur la forme mais terriblement vide sur le fond. Une vraie frustration pour les amoureux de science-fiction qui n’y trouveront pas leur compte mais une aubaine pour ceux en recherche de sensations fortes : Perdus dans l’espace a été écrite sur mesure pour les satisfaire.

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