CRITIQUE | Sense8, la série sense dessus dessous

En 2015, les sœurs Wachowski et Netflix sortaient Sense8, une série TV qui, grâce à la réputation des réalisatrices de Matrix et de Cloud Atlas, avait suscité une grande attente. Fort d’une certaine originalité, celle-ci eut son petit effet et s’attira la sympathie du public. Un engouement proche du coup de cœur irrationnel et bien loin de faire part des véritables qualités et défauts de cette série faussement ambitieuse…

8 histoires pour le prix d’une

Notre histoire commence à Chicago. Dans un bâtiment désaffecté, une jeune femme se suicide. Suite à sa mort, huit personnes à travers le monde se retrouvent mystérieusement en symbiose. Nous suivrons alors le destin désormais entremêlée de ses huit personnages qui vont devoir s’unir pour faire face à un ennemi commun…

Voici donc le schéma classique d’une saison de Sense8 : une succession de petites histoires personnelles, qui, à terme, se verront toutes liées grâce au lien soudain que les protagonistes vont développer. Sur le papier, l’idée est alléchante voire même, disons-le carrément, très ambitieuse. Développer huit arcs narratifs distincts et finalement réussir à les croiser entre eux est un exercice périlleux, surtout quand on voit la diversité offerte par cette tripoté de personnages principaux. Un défi relevé haut la main qui cependant ne donnera pas l’effet escompté. En effet, oubliez toute subtilité, pour parvenir à ses fins, Sense8 verse dans la facilité et se repose sur des intrigues et des thématiques éprouvées dont l’unique originalité réside dans le fameux lien qui unit les personnages. Les protagonistes se visitent donc régulièrement, à des moments plus ou moins opportuns. Une mimique utilisée jusqu’à l’écœurement. Cet abus malheureux ralentit copieusement le déroulement des intrigues et assène les épisodes de longueurs inutiles extrêmement bavardes. Pour ne rien arranger, la narration entre les différentes histoires est volontairement décousue : les coupures sont nombreuses et les transitions parfois brouillonnes. Un choix qui achève de faire passer en second plan cette histoire de suicide et d’êtres interconnectés pourtant nœud de l’intrigue principale. Ça n’avance pas, ça titube même jusqu’à la fin de la première saison. Un point qui aurait pu être facilement oublié si tout ce qui nous était servi à la place ne répondait pas  de situations improbables aux résolutions toutes aussi ridicules, la cause à des ficelles énormes qui dégueulent de facilités scénaristiques.

La fine équipe

Mais le scénario n’est pas le seul point faible de Sense8. Sa force, de proposer huit personnages, à vite fait de se retourner contre elle. Aucun personnage ne sort véritablement du lot : pire encore, ceux-ci sont des archétypes, des clichés ambulants dont certains ne bénéficient d’ailleurs d’aucun développement spécifique. Des personnages fonctions aux aptitudes bien spécifiques et complémentaires, bien pratique à la résolution des péripéties auxquelles l’équipe devra faire face. En ressort l’impression qu’avant d’être des personnages à part entière, ces protagonistes n’étaient que des coquilles vides répondant chacune à une fonction bien précise à partir de laquelle les scénaristes auraient brodé une histoire et une personnalité. Dans ce cas, difficile de s’impliquer émotionnellement avec ces personnages.

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Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé tant tous les malheurs du monde ont pu s’abattre sur les épaules de ces pauvres bougres : accidents tragiques, problèmes de famille, problème d’identité, misère, tout est bon pour nous faire verser une larmichette. Mais à force de bonnes intentions, le message se dilue rapidement dans une forme de niaiserie ambiante. Ce manque de spontanéité, de réalité, a vite fait de prendre des allures de quota imposé, aussi bien pour les thématiques traitées que pour les caractéristiques des personnages. Cette superficialité, elle se retrouve jusque dans les dialogues, soupe pseudo-philosophique et moralisatrice à souhait. Assez étrangement, la formule fonctionne parfois mais face à l’ensemble, c’est davantage l’exaspération qui nous gagne.

Le sense de la mise en scène ?

Sense8 n’excelle pas non plus dans sa réalisation. Si la mise en scène des rencontres entre les différents protagonistes est particulièrement stylisée et inventive, elle retombe rapidement dans le simple champ-contrechamp longuet et monotone. On notera tout de même des scènes d’action plutôt efficace, aussi bien en terme de chorégraphie qu’en terme de réalisation pure. Mais pour le reste, Sense8 fait état d’un grand classicisme et pêche par un manque d’identité visuelle forte. Musicalement parlant, c’est autre chose. De temps à autre, la série s’essaye à des envolées clipesques entraînantes mais qui, à l’image du reste, restent très premier degré quitte à parfois frôler le ridicule.

Sense8 avait tout de la série événement à succès avec ses réalisatrices reconnues, son pitch intriguant et sa campagne de communication tonitruante. Malheureusement, cela ne suffit pas. Sense8 demeure au final une ode à l’amour et à la tolérance qui se noie dans son excès de bonnes intentions et s’éternise inutilement. Pire, Sense8 agace à cause d’une idée de départ mal exploitée, un manque de finesse caractérisé et par des personnages que l’on a déjà vu des centaines de fois auparavant. Une série qui peut faire mouche auprès des moins exigeants et des adeptes de niaiseries en tout genre mais qui ne fera définitivement pas date dans notre esprit, ni dans la culture populaire.

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8 commentaires sur “CRITIQUE | Sense8, la série sense dessus dessous

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  1. J’ai adoré cette série et bien au contraire j’ai trouvé le scenario et l’histoire bien plus travaillée que la plupart des séries… Elle repose sur les relations humaines et toute la complexité qui va avec… Sans fioritures. sans chichi et sans tabou, avec une liberté d’expression qui manque dans notre société actuelle. Avec des acteurs bien dans leur rôle et loin des clichés. Des scènes très artistiques et très bien filmées… Bref, les goûts et les couleurs…

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis ravi de lire un avis complètement différent du mien ! L’aspect relations humaines est vraiment ce qui m’avait donné envie de m’intéresser à la série, sans parler des prises de risques rapport aux thématiques traitées. Malheureusement je n’ai pas vraiment accroché pour toutes les raisons que j’ai évoquées dans la critique. Mais je constate que nous avons eux tout deux une réception complètement différente sur les mêmes points ! Comme quoi, tout est en effet question de sensibilités et de goûts personnels 😉

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  2. La critique d’une personne qui n’a sensiblement absolument pas compris le propos humaniste de la série. Une série à regarder avec le coeur et pas forcément avec l’esprit froid et analytique d’un critique qui pense avant de ressentir.

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    1. Malheureusement, les intentions ne font pas tout. Des œuvres humanistes, il en existe beaucoup, parmi elles, certaines ont réussi à sensiblement me toucher malgré leurs défauts. Ce n’est pas le cas de cette série. Tant pis pour moi j’imagine 🙂

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