CRITIQUE | Mute, cacophonie aphone

Fruit d’une gestation de près de quatorze ans et après avoir failli être une bande dessinée, Mute a finalement trouvé le chemin des écrans via Netflix au début de l’année 2018. Comme son réalisateur l’avait annoncé, peut-on vraiment dire de Mute qu’il est “un film qui va rester” ? Rien n’est si sûr.

Enquête nocturne

Notre histoire prend place à Berlin en 2052. Dans un futur pas si lointain baigné par les néons et la pluie, deux employés du même club, Léo et Naadirah, filent le parfait amour. Seule particularité, depuis un terrible accident dans sa jeunesse, Léo est muet. Un soir, Naadirah disparaît sans explications alors que celle-ci s’apprêtait à avouer quelque chose à son grand amour. C’est alors que Léo va partir à sa recherche, bien décidé à retrouver sa dulcinée…

Le scénario de Mute a tout du parfait film noir. Une histoire d’amour, une enquête, un monde cruel et désabusé, tous les ingrédients sont là. De prime abord, la sauce prend plutôt d’ailleurs plutôt bien : l’intrigue est bien ficelée, la plupart des protagonistes sont intéressants à suivre et l’histoire parvient à rester assez juste et touchante ce qu’il faut. Cependant, sur la longueur, cette première impression ne tient pas le choc. L’enquête, au centre de l’intrigue, tourne rapidement en rond. Si dans l’idée, cela retranscrit assez bien la réalité et la frustration de celle-ci (à savoir certaines pistes sans issues), dans les faits, cela se manifeste par des longueurs interminables qui handicapent le récit allant jusqu’à susciter l’ennui. Un sentiment qui aurait pu facilement être évité s’il avait été décidé au montage de supprimer quelques péripéties.

Un univers sans âme

Heureusement, Mute a la bonne idée de ne pas se reposer uniquement sur son scénario et nous montre une galerie de personnages aux multiples facettes. Des personnages souvent secondaires mais qui, au détour de cette enquête morose, chatouillent notre curiosité. Mention spécial à Bill (alias Cactus) et à son ami Duck. Mais là aussi, l’ensemble est inégal. Pire encore, il pointe un défaut de taille dans Mute : le personnage de Léo. À côté de la galerie de personnages que Mute propose, Léo, pourtant protagoniste principal, fait pâle figure. Les choses commençaient pourtant bien : le personnage est muet, il est artiste et, point intéressant, il est amish. Ainsi, habitué à une vie faite de simplicité, Léo détonne forcément dans ce monde futuriste en proie aux vices et à l’abondance. Malheureusement, rien n’y fait. Ces caractéristiques, bien que parfois soulignées, ne sont quasiment pas utilisées dans le récit. En ressort un personnage  principal particulièrement fade, qui, s’il inspire toute notre sympathie, ne nous emportera jamais vraiment avec lui.

mute-netflix-street-neon

En terme de réalisation, Mute, au-delà de ses rares fulgurances, reste très sage dans son exécution. Ce n’est d’ailleurs pas sa photographie qui viendra relever le niveau. Des aveux même de son réalisateur Duncan Jones, Mute est un film hommage au Blade Runner de Ridley Scott et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça se voit. L’influence est en effet extrêmement marquée et chaque plan dégouline de néons, de mode vestimentaire atypique et de voitures volantes. Une copie carbone fidèle dans sa reproduction mais terriblement vide dans ses intentions. Simple toile de fond au récit, il y a très peu d’éléments de contextualisation qui viennent apporter un peu de crédibilité à l’univers. Il est vaguement question d’un conflit armé et de déserteurs mais jamais la question ne sera creusée. Ce cadre cyberpunk n’est alors rien d’autre qu’un simple habillage, tout comme la ville de Berlin (qui aurait pu être n’importe quelle autre ville) ne fait office que de décor à une histoire qui aurait très bien pu se dérouler aussi bien à notre époque que dans le passé.

À l’heure du verdict, cet ersatz du genre cyberpunk laisse une impression mitigée. D’un côté, Mute nous gratifie d’un scénario globalement maîtrisé et animé par des personnages intrigants. D’un autre, le film ne surprend jamais et ne fait rien de son univers que l’on devine pourtant d’une grande richesse. En se contentant d’une réalisation académique et d’un héros insipide mais attachant, Mute s’égare et s’enlise dans son récit et ne parvient à regagner notre intérêt qu’à l’occasion du point final salvateur de son histoire. Une oeuvre qui s’apprécie mais qui manque définitivement d’ambition et de dynamisme pour vraiment nous laisser sans voix…

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