Black Panther, un défi timidement relevé

Dans le monde du cinéma, il est rare de voir un blockbuster prendre des risques, son statut même de film grand public le cloisonnant bien souvent à suivre un modèle bien précis. Cependant, il existe parfois des tentatives. Ainsi, quand les Studios Marvel ont annoncé la production de Black Panther avec une grande majorité d’acteurs afro-américains, tous les yeux se sont tournés sur ce projet aux intentions originales. Que vaut donc le dernier-né des écuries Marvel et, surtout, évite-t-il de se vautrer dans des stéréotypes grossiers ? Voyons cela ensemble.

Black Panther, la patte de l’expert ?

Au premier regard, ce qui marque d’emblée le spectateur n’est autre que la direction artistique très inspirée du film. Certes, on y retrouve la plupart des codes de l’univers Marvel mais ceux-ci ont l’intelligence de s’effacer au profit d’une véritable plongée dans le pays fictif du Wakanda. Un pays qui mêle d’ailleurs, avec plus ou moins de talent, la culture africaine et des technologies avancées. Dans l’ensemble, le résultat est excellent : la salle du trône, le lieu des combats traditionnels et les rues de la ville en elle-même rendent particulièrement bien. Malheureusement, d’autres décors demeurent extrêmement classiques, notamment la capitale ou la laboratoire, qui, tous deux, rappellent n’importe quelle autre cité futuriste. Néanmoins, la base créée  dans ce Black Panther permet l’introduction d’un tout nouveau pan de l’univers Marvel, qui espérons-le, sera réutilisé par la suite.

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Vous l’aurez deviné de part son casting (Chadwick Edwards [Get Out], Michael B Jordan [Creed], Lupita Nyong’o [12 years a slave], etc), la force de cet univers réside avant tout dans ses inspirations de différentes cultures d’Afrique. Pour la création du Wakanda, la plus grande influence vient de l’Afrique de l’Est (Kenya, Ethiopie…), que ce soit pour les décors ou pour les sublimes costumes. Chapeau d’ailleurs aux tenues des guerrières (Dora Milaje) absolument fantastiques. Le soucis du détail a été poussé jusqu’à l’utilisation de langues typiquement africaines comme le Xhosa, seconde langue la plus pratiquée en Afrique du Sud. Ça change de l’anglais qui nous est souvent dépeint comme la langue universelle de l’UNIVERS. Enfin, petite cerise sur le gâteau, la bande originale du film célèbre également la culture africaine mais aussi la musique urbaine américaine. D’ailleurs, ces deux styles sont habilement utilisés pour appuyer intelligemment la narration. On regrettera cependant l’absence d’un véritable thème marquant.

Les griffes plus grosses que le ventre

Bienvenue dans la zone spoiler dans laquelle on va causer scénario ! Pour résumer, l’histoire se déroule en deux parties. La première est dédiée au Wakanda, à ses origines, sa situation et son fonctionnement. On nous y présente également le premier antagoniste en la personne d’Ulysses Klaue, déjà présent dans Avengers. Marchand d’armes obnubilé par le vibranium, minerai très rare que l’on ne trouve qu’au Wakanda, il veut tout faire pour s’en procurer et le revendre aux plus offrants. Or, le Wakanda, qui se fait passer pour un pays pauvre et sous développé, veut éviter de partager sa technologie avec le reste du monde, de peur qu’une mauvaise utilisation en soit faite mais également de peur de perdre l’identité du pays après cette ouverture au monde. Le premier schéma qui se dessine est donc très classique, calqué sur le film d’action habituel dans lequel le gentil poursuit le méchant, la seule originalité venant de l’univers dans lequel se déroule l’intrigue.

Mais souvenez-vous, plus tôt, je faisais référence à un film divisé en deux partie. Voici donc la seconde. La deuxième partie introduit un nouvel antagoniste, N’Jadaka, membre oublié de la famille royale du Wakanda. Après l’assassinat de son père par son oncle, le précédent roi, il fut abandonné dans les quartiers pauvres d’Oakland en Californie. Par pur esprit de vengeance, il cherche à rejoindre le Wakanda, bien décidé à prendre le pouvoir et à utiliser toutes les ressources du pays à des fins militaires. Son objectif ? Libérer les peuples noirs de l’oppression. Cette seconde partie est de loin la plus intéressante. Mélange de politique et de pseudo-guerre de succession, elle souffre malheureusement d’une écriture bien trop compacte. En effet, la narration est  vite expédiée, ce qui fait de nos personnages des spécialistes du retournement de veste inexpliqués. L’action ne revêt alors plus de sens et les enjeux en sont donc amoindris. Dommage quand on voit que la plupart des scènes d’action bénéficient de bonnes chorégraphies malgré quelques effets spéciaux pas toujours folichons. De la même façon, les idées et les thèmes les plus intéressants finissent finalement par passer en second plan, gâchés par ce manque de soin, pour ne laisser place qu’à un film d’action finalement plutôt banal, à l’exception de ses intentions sous-exploitées.

Ne vous méprenez pas, Black Panther reste un bon film, son défaut principal étant d’appliquer à la lettre la recette Marvel que l’on nous sert depuis bien trop d’années. Cependant, il est important de relever les quelques prises de risques qui permettent à Black Panther de se démarquer des autres productions. Tout d’abord, c’est l’un des rares films de super-héros (surtout à notre époque) qui ose porter des messages politiques complexes en marge d’une critique de notre société. Et même si cela reste encore balbutiant et maladroit, cela donne une nouvelle dimension à l’univers de Marvel qui, jusqu’à présent, se contentait de nous abreuver de second degré. Enfin, on ne peut pas nier l’impact que le film aura sur les productions futures en prouvant qu’il est tout à fait possible de mettre à l’affiche des acteurs aux origines diverses et marquées tout en s’assurant un carton en salle. C’est ce point en particulier qui, à défaut de faire de Black Panther un chef d’oeuvre, en fait une oeuvre importante pour l’industrie du Cinéma.

  • Cette critique est le fruit d’une réflexion à deux par Steven et Raph’.
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