CRITIQUE | Kingdom Come : Deliverance, un RPG sans fantasy…

Janvier 2014. Warhorse Studios lance une campagne de financement Kickstarter pour produire un RPG médiéval historique. L’engouement ne se fait pas attendre et le projet obtient plus d’un million de livres sur les trois cent mille demandées. Quatre ans plus tard, Kingdom Come : Deliverance est enfin sorti et a déjà dépassé le million d’exemplaires vendus. Revêtons ensemble nos plus beaux haillons et voyons si ce voyage dans la Bohême du XV ème siècle mérite nos éloges…

Il était une fois…

La proposition initiale de Kingdom Come : Deliverance aura tôt fait de dérouter les habitué(e)s des RPG biberonné(e)s à Donjons et Dragons ou autres jeux de rôles fantasy : loin des modèles habituels, le jeu fait en effet le choix de supprimer toute magie et créatures fantastiques de son cahier des charges. Ne reste plus qu’alors un univers médiéval classique mais dont l’originalité vient avant tout de sa volonté de coller au plus près de la réalité historique. Dans la Bohême du XV siècle (une partie de la République Tchèque actuelle), nous incarnons Henry, fils de forgeron dont l’existence va être bouleversée après l’attaque de son village natale et le meurtre de ses parents. C’est alors que commence nos aventures à travers le pays, ballotté sur les routes au gré de nos quêtes et de nos envies.

Mais avant de jouir d’une liberté totale, il faudra d’abord nous plier aux exigences du tutoriel. Sur ce point, Kingdom Come : Deliverance ne fait pas dans la dentelle et profite d’exposer longuement son histoire pour nous introduire à la plupart des mécaniques du titre. Sachez-le, il faut bien quelques heures avant de vraiment pouvoir plonger dans notre propre aventure. Avant cela, il faut nous contenter de suivre docilement la quête principale. Si celle-ci n’est d’ailleurs pas bien originale (le charisme tout relatif d’Henry n’y est sans doute pas pour rien), elle est cependant jonchée de cinématiques suffisamment bien réalisées pour susciter notre curiosité. Mais qui dit RPG dit forcément contenu annexe. Dans ce domaine, il faut bien reconnaître que Kingdom Come : Deliverance n’est pas avare. Outre quelques quêtes annexes données par des PNJ, il est également tout à fait possible de tomber sur des événements aléatoires pendant nos voyages. De bonnes façons de s’occuper.

Knight Simulator

Bien que la proposition première de Kingdom Come : Deliverance demeure originale, ses mécaniques de gameplay en revanche le sont beaucoup moins. Dans la résolution de ses quêtes, le jeu reprend les fameux dialogues à choix multiples, ce qui permet de décider de l’issue d’une situation par la force ou par les mots. Même si dans les faits, l’ensemble fonctionne plutôt bien, les différentes lignes de dialogues ne permettent pas toujours d’identifier avec précision comment la situation va aboutir, ce qui peut être frustrant. Mais passons.

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Dans les faits, la gestion de notre personnage est au centre du gameplay. Là aussi, le système a ses avantages et ses inconvénients. Parmi ses bonnes idées, on retrouve notamment la gestion de l’apparence : être sale ou avoir certain type de vêtements influence aussi bien notre éloquence que nos déplacements. Il faut également penser à se nourrir régulièrement sous peine de perdre de l’endurance. Il existe aussi un système de soin assez poussé en fonction de notre blessure. La plupart de ces éléments passe par un inventaire et une ribambelle de sous-menus qui, même s’ils sont efficaces, auraient gagné à être moins laborieux. Vous l’aurez compris, Kingdom Come : Deliverance se veut donc résolument réaliste, frôlant même parfois la simulation tant certaines actions peuvent devenir…laborieuses. Système de crochetage aux fraises, sauvegardes au Shnaps pénibles et combats tactiques au rythme tout sauf haletant peuvent rebuter les moins motivés. Si ces choix participent grandement à rendre Kingdom Come : Deliverance particulièrement immersif, il sacrifie malheureusement au passage une partie de son potentiel de divertissement. Kingdom Come : Deliverance se doit d’être avant tout un jeu, pas un simulateur.

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Ils sont dans les campagne, dans les villes…les bugs

D’un point de vue technique, Kingdom Come : Deliverance bénéficie du moteur Cry Engine auquel il ne manque pas de rendre justice. Graphiquement, sans être superbe, Kingdom Come : Deliverance est relativement propre et offre de très beaux panoramas, aussi bien dans les environnements verdoyants que dans les environnements plus “urbains”. Le tout est d’ailleurs encore relevé par le système jour/nuit du titre qui bénéficie d’effets de lumière réussis. Mais si sur cette partie, Kingdom Come : Deliverance se révèle à la hauteur, il en est autrement sur d’autres aspects.

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En effet, globalement, Kingdom Come : Deliverance accuse un manque de finitions évident. Entre les bugs de son, une synchronisation labiale approximative et des traductions qui, parfois, n’apparaissent pas, ce n’est pas très glorieux. Ajoutez à cela des bugs d’IA (les gardes qui marchent contre les murs) et des soucis de collisions avec notre cheval et vous avez là tous les éléments qui nous font finalement regretter que Kingdom Come : Deliverance n’ait pas bénéficié de quelques mois de peaufinage supplémentaire. Cependant, le suivi du jeu étant à priori plutôt sérieux, il n’est pas exclu que des mises à jour prochaines règlent ces quelques soucis.

Entre réalité historique et approximations dramatiques

Comme je l’ai déjà évoqué plus haut, la particularité de Kingdom Come : Deliverance réside avant tout dans ses ambitions de reproduction historique. Ainsi, les développeurs ont consulté des historiens et des archives pour tendre à une réalité historique plausible. Globalement, le défi est réussi et les pérégrinations d’Henry épousent parfaitement les événements historiques. L’architecture des lieux, la conception des environnements et la reproduction de bâtiments les plus marquants de cette époque ont également bénéficié d’un grand soin. En surcroît, Kingdom Come : Deliverance se dote également d’un codex, qui, à la façon d’un Assassin’s Creed, donne des informations supplémentaires sur le mode de vie de l’époque, sur les personnages historiques, les lieux etc. Mais au-delà de ce relatif respect historique, certaines omissions peuvent demeurer problématiques.

Kingdom-Come-Deliverance-knights

Dans Kingdom Come : Deliverance, vous ne trouverez aucun étranger. Pas de marchands itinérants ou de voyageurs de diverses origines. De même, aucun discours ne viendra contrebalancer ou montrer du doigt la place de la femme à cette époque.  Kingdom Come : Deliverance, sous couvert de produire un jeu historique réaliste ne prend donc aucun recul sur l’époque dont il traite. Il s’affaire à ne montrer qu’une tendance générale des mœurs et des réalités du XV ème siècle en omettant ce que les développeurs ont considéré comme des détails sans importance. Cette attitude a suscité de nombreuses réactions, notamment d’indignations, venant même à se demander si Kingdom Come : Deliverance n’était pas un jeu raciste, notamment à cause des liens supposément étroits que certains membres de l’équipe peuvent avoir avec le GamerGate. Évidemment, cette pseudo-polémique aura vu naître de nombreuses réactions venant de toute part et de toutes les idéologies. D’un extrême à l’autre, les insultes ont fusé et les accusations ont plu pour ne déboucher sur rien de particulièrement constructif… Il en ressort finalement que nous ne saurons jamais exactement ce qui a pu motiver ces choix décriés : maladresse, naïveté, opinions politiques marquées ou dérive inconsciente des valeurs personnelles des créateurs ? Le doute est permis. Dans ce cas, il ne m’appartient donc pas de juger mais seulement d’exposer les faits et de mettre en avant, qu’effectivement, Kingdom Come : Deliverance n’est pas un modèle parfait de reconstitution historique. Si la Bohême du XV ème siècle vous intéresse vraiment, lisez des livres, visionnez des documentaires, bref, nourrissez votre esprit critique et forgez vous votre propre opinion sur la question.

Quoiqu’il en soit, en qualité de jeu, Kingdom Come : Deliverance a tout pour devenir le nouveau représentant du genre RPG historique. L’immersion aurait été parfaite si le titre n’avait pas à composer avec des bugs en tout genre et quelques errements de gameplay trop proche de la simulation. Kingdom Come : Deliverance est donc un jeu réussi qui, s’il manque globalement de finition, parvient à nous plonger sans mal dans son univers. À conseiller avant tout aux initiés du genre et aux historiens en herbe, sous couvert de ne pas se limiter à la seule représentation qu’offre le jeu bien entendu !

  • Critique réalisée à partir d’un exemplaire du jeu sur PS4 envoyé par Koch Media
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