Reigns : Her Majesty, longue (?) vie à la Reine !

Après nous avoir fait incarner un Roi à l’âme immortelle, Reigns revient avec Reigns : Her Majesty qui nous glisse cette fois-ci dans la peau d’une Souveraine aux ambitions débordantes. Simple transposition ou  réelle révolution ? Comme toujours, la réponse est dans la question.

Gauche, Droite, Gauche, Droite, Gauche…

Le principe de Reigns est simple comme bonjour. Face à une interface minimaliste, une flopée de cartes défilent sous nos yeux, des cartes qui représentent la plupart du temps un personnage. Pendant notre partie, tout ce beau monde ne cessera de nous assommer de questions, de la plus innocente à la plus déstabilisante. Pour répondre à ces interrogations diverses, il nous suffit de glisser la carte à gauche ou à droite, chacune des directions donnant lieu à une réponse différente, généralement opposée. Vous n’avez rien compris ? Ok, petit aperçu pour éclairer votre lanterne.

Pendant ce jeu de questions/réponses, la subtilité réside en quatre jauges, situées en haut de notre écran, dont chacune correspond à une dimension du pouvoir. La croix représente l’influence religieuse, le bonhomme la sympathie du peuple, l’épée notre force de décision et le dollar l’état de notre économie. En fonction de nos réponses, le niveau de ces jauges va diminuer ou augmenter jusqu’à atteindre un point critique : si l’une de ces jauges est complète ou, à contrario, complètement vide, notre règne prend fin et il nous faudra alors recommencer dans la peau d’une nouvelle Reine. Pourquoi ? Simplement parce que bien souvent, peu importe comment, l’issue nous est fatale. Le peuple nous aime un peu trop ? Nous pourrions bien finir étouffée par la foule. L’autorité nous file entre les doigts ? Notre royaume tombera aux mains des envahisseurs et nous serons remariées de force avant d’être délaissée. L’Eglise nous juge trop réformatrice ? Le cardinal ne manquera pas de nous témoigner toute sa gratitude en se servant de nous comme combustible d’un feu de joie…

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Les précieux conseils de la Comtesse Marguerite.

Funambule

S’il y a des dizaines de façon de trépasser, il n’y a pas un millier de façon de survivre et encore de moins de gouverner. Alors que l’on répond d’abord naïvement en suivant notre instinct et nos convictions, il devient évident que suivre cette voie ne nous mènera que vers une mort certaine… Après cette prise de conscience, l’expérience change du tout au tout et fait soudainement place à la stratégie : nous ne répondons plus avec le cœur mais avec l’esprit. Commence alors un numéro d’équilibriste dans lequel nous nous efforçons de maintenir nos quatre jauges à un niveau acceptable. Le peuple est trop heureux ? Augmentons les impôts ! Il y a trop d’argent dans les caisses et l’Eglise me menace ? Faisons d’une pierre deux coups en érigeant une statue à son honneur !

Derrière ce cynisme cousu de fil blanc se cache également un autre objectif que celui du règne le plus long. Comme dans le premier épisode, Reigns : Her Majesty repose sur une intrigue plus profonde empreinte de magie aux enjeux pour le moins…obscurs.

À bas le patriarcat !

Assez tôt, nous ferons la connaissance de la Mère Toute-Puissante, entité mystique qui, en échange d’une mission, nous donne la vie éternelle. L’objectif est le suivant : libérer les femmes en mettant fin à l’emprise des hommes sur le pouvoir. Pour cela, nous amasserons quelques objets qui pourront nous aider dans les moment les plus délicats. S’ensuivra une série d’objectifs à remplir comme des duels à gagner, des sorts à exécuter ou des actions bien précises à réaliser.

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J’en connais une qui ne mâche pas ses mots…

Si la structure rappelle fortement celle déjà présente dans l’épisode original de Reigns, le fond en revanche est totalement inédit. En effet, sous couvert d’assouvir une soif de pouvoir sans limite, le sous-texte de Reigns : Her Majesty met en exergue toutes les discriminations faites aux femmes depuis des siècles. Du sexisme à la misogynie, tout y passe sans que jamais le jeu ne malverse dans le pamphlet féministe radical et moralisateur, l’ensemble étant astucieusement dilué au fil de l’aventure. Autre point qui vient trancher (comme la guillotine sur notre cou) avec son prédécesseur, Reigns : Her Majesty fait place à de nombreux personnages féminins, qui, avec leurs conseils et discours, viennent habilement appuyer l’absurdité de la condition féminine à l’époque.

Reigns : Her Majesty signe un retour en fanfare pour Reigns et son style de jeu atypique. Plus qu’une simple réédite, ce nouvel épisode affiche une esthétique plus léchée, des personnages bien écrits et quelques nouveautés bienvenues (que je n’ai pas jugé nécessaire d’aborder dans cette critique pour vous laisser le plaisir de la découverte). Certes, à l’issue de longues sessions de jeu, le titre peut se révéler répétitif et parfois frustrant, cependant, il est facile de contourner ces désagréments au moyen de courtes sessions de jeu bien espacée dans le temps. Enfin, on retiendra surtout l’initiative de faire incarner une Reine au lieu d’un Roi qui se révèle in fine une excellente idée. Reigns : Her Majesty gagne ainsi une toute autre profondeur, ce qui l’érige au-delà du statut du simple jeu pour devenir une critique sociétale incisive et pertinente qui reste encore tristement d’actualité…

  • Critique réalisée à partir d’un exemplaire du jeu sur PC envoyé par Cosmocover
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