AER – Memories of Old, l’oiseau tombé du nid

AER – Memories of Old a un point commun avec des jeux tels que Journey, Inside ou Brothers : A Tale of Two Sons : chacun à leur façon, ces titres ont une ambiance, une âme qui les caractérise indépendamment de leur genre. Enveloppées d’une certaine poésie, ces expériences parviennent à trouver l’équilibre parfait entre narration et gameplay. Mais AER – Memories of Old est-il vraiment de celles-là ?

L’oiseau prend son envol

Notre aventure commence au fond d’une grotte. Dans la peau d’une jeune femme, nous arpentons les lieux avant de tomber sur une lanterne qui, à notre contact, s’illumine, comme s’offrant à nous. Maintenant capable de mieux voir dans l’obscurité, nous apercevons des symboles parsemés sur notre route et flottant dans les airs. Soudain, à leur approche, des silhouettes apparaissent. Fantômes du passé, elles nous en apprennent davantage sur cet endroit et ce qui a pu s’y passer. C’est alors que la grotte s’effondre sur elle-même, ne nous laissant qu’un bref instant pour s’en échapper. Saine et sauve, notre héroïne se retrouve à l’extérieur face à un vieil homme. Enfin, le tutoriel s’achève.

AER-memories-of-old-lantern

Pour ne rien cacher, ces premières minutes, bien qu’elles aient éveillé ma curiosité, m’ont paru très plates. Tutoriel académique, direction artistique commune (low-poly) et entrée en matière classique (nous sommes une sorte d’élue), à ce stade, le jeu ne brille pas par son originalité. Mais après un bref entretien avec le vieil homme qui va nous dicter notre prochaine destination, AER va alors se transformer du tout au tout. Perdu·e sur un lopin de terre flottant dans le ciel, le jeu nous invite à nous transformer en oiseau pour arpenter les cieux. D’un coup d’un seul, sur cette seule invitation, le jeu prend alors une toute autre dimension. La musique s’emballe, la caméra s’éloigne et nous voilà, volant dans le ciel, libre comme l’air et apercevant au loin une myriade d’autres îles flottantes ne demandant qu’une seule chose :  qu’on les survolent.

À tire-d’aile

Le sentiment de liberté est totale et la prise en main, très simple, donne droit à une véritable ivresse des cieux. Les mouvements sont instinctifs et les survols contemplatifs. Les conditions parfaites pour enfin se lancer dans l’aventure. Dans les faits, le but est simple : en pèlerinage dans ce monde céleste, il vous faut parcourir les différentes îles pour comprendre ce qui est arrivé à la civilisation et tenter de sauver votre monde d’une menace ancestrale. Pour cela, il vous faudra, grâce à votre lanterne, partir à la recherche de fragments du passé et trouver trois temples renfermant chacun le morceau d’un artefact qui pourra peut-être vous apporter le salut.

Découper en plusieurs environnements, le monde d’AER n’est pas particulièrement grand. Cependant, il regorge de détails, que ce soit des animaux ou des vestiges qui vous en apprendront davantage sur le passé. Si on pourrait regretter un manque de diversité dans les paysages proposées, la topologie des îles diffère assez pour ne pas lasser notre soif de découverte qui constitue le cœur du jeu. En effet, outre les temples qui proposent une succession d’énigmes à résoudre pour débloquer l’artefact qui est gardé en leur sein, AER est avant tout un jeu d’exploration que l’on pourrait presque apparenter à un walking simulator (ou plutôt un flying simulator dans ce cas). Vous passerez le plus clair de votre temps à survoler les îles à la recherche d’indices sur la localisation de ces fameux temples que dans les temples eux-mêmes.

Pie-pelette

Cette exploration, basée avant tout sur notre curiosité et notre implication, est d’ailleurs autant le point fort que le point faible de l’expérience. Car dès le départ, AER est avare dans sa narration. Les enjeux exposés sont simples et notre quête limpide mais jamais il nous est expliqué le pourquoi du comment. Si vous voulez le savoir, ce sera à vous de partir à la découverte du monde, scrutant chaque bout d’île attentivement pour y trouver un indice, que ce soit des scénettes oubliées ou des parchemins égarés. Mais cette quête de la vérité n’est jamais dans le développement principal de l’intrigue : vous pouvez tout à fait finir l’aventure sans même savoir pourquoi vous vous y êtes engagé·e. Autant être franc, si vous décidez de faire l’impasse sur ces éléments, AER n’a plus vraiment d’intérêt.

Non seulement vous pouvez être sûr·e de finir le jeu en deux petites heures seulement et surtout, vous passerez à côté de tout ce qui fait l’ambiance et l’identité d’AER. Sous ses airs de jeu contemplatif, AER n’en est pas moins bavard et raconte beaucoup de choses, parfois même sans intérêts, notamment sur la nature humaine, notre rapport à la religion, à la nature et au pouvoir. Sur ces sujets, AER laisse une grande place à l’interprétation et se contente seulement d’énoncer des faits, de poser un contexte. Si la volonté est appréciable, l’exécution laisse en revanche à désirer : plus d’une fois demeure l’impression que le jeu se contente de survoler ses sujets sans ne vraiment rien dire. Ce sentiment se retrouve d’ailleurs malheureusement à la fin de l’aventure, une fin abrupte et déconcertante qui, au lieu de nous laisser pantois et traversé de milles interrogations ne fait que nous couper en plein délire et nous laisser dans l’incompréhension.

AER – Memories of Old avait un potentiel monstre. Envoûtant, poétique et porté par des phases d’exploration enivrantes, le titre n’arrive malheureusement pas à la cheville des cadors du genre. Trop en substance et doté d’une direction artistique sans véritable identité, AER est un jeu plein de bonnes intentions qui échoue malheureusement à se démarquer et à rester dans notre esprit…

  • Critique réalisée à partir d’un exemplaire du jeu sur PC envoyé par Cosmocover
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