Wonder Woman, wonder movie ?

Nouvelle pierre à l’édifice du DC Extended Universe, “Wonder Woman” a la lourde tâche de succéder à “Batman VS Superman” et “Suicid Squad”, deux productions décriées aussi bien par les critiques que par le public. Ainsi, c’est avec le retour au cinéma d’une héroïne historique que DC veut convaincre, prêt à devancer Marvel en proposant enfin un film de super-héroïne. Défi relevé pour l’amazone ?

DC et Marvel, frères ennemis

Ce n’est plus un scoop, depuis quelques années, Marvel et son Cinematic Universe occupe confortablement le créneau des films de super-héros, suivant peu ou prou la même recette de production en production. C’est dans ce contexte que DC a lancé son Extended Universe, fort de sa propre écurie de super-héros et prêt à en découdre avec la concurrence en proposant des films plus sombres et plus graves. Noble initiative. Cependant, après plusieurs échecs critiques, le challenger s’est finalement décidé à réajuster sa formule, n’hésitant alors pas à lorgner du côté de la concurrence, quitte à la singer maladroitement à grand coup d’humour bien gras et de coolitude artificielle. Cette stratégie aux allures de bricolage, DC l’a payé au prix fort avec “Suicid Squad” qui avait réussi l’exploit d’être à la fois un mauvais DC et un mauvais faux Marvel. Aujourd’hui, c’est avec “Wonder Woman” que DC retente sa chance, visiblement prêt à apprendre de ses erreurs et soucieux de se réapproprier son univers. Du moins en substance.

Une femme merveilleuse

Premier défi, et pas des moindres, introduire le retour d’une héroïne que l’on n’avait encore jamais vu sur grand écran. Figure populaire de la télévision dans les années 70 et héroïne de comics reconnue, le grand public, lui, ne la connaît finalement qu’assez peu : figure de la femme forte et indépendante, elle n’en demeure pas moins bien moins populaire qu’un Batman ou un Superman par exemple. Autre point, tout aussi important, le statut même d’héroïne du personnage : être un super-héros est une chose, être une super-héroïne en est une autre. Sous-représentées, les héroïnes au cinéma sont rares, les super-héroïnes le sont d’autant plus : Wonder Woman est bien plus qu’une femme avec des pouvoirs, elle est un symbole.

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Une représentation de Wonder Woman. (Artiste : Nicola Scott)

C’est pour toutes ces raisons que le film “Wonder Woman” est d’un enjeu capital. Plus qu’un simple divertissement, il est également un film aux enjeux tout autre qu’un objectif de rentabilité ou qu’un mea culpa de DC. “Wonder Woman”, de part son personnage et son aura, se doit d’être un film à message, un film symbolique.

Une entrée sans fanfares

Ne laissons pas traîner le suspense davantage : toute cette symbolique, tout ce discours et cette responsabilité, le film n’en fait rien, ou presque. Les choses partaient pourtant d’un bon pied, avec, dès l’ouverture, la découverte de l’île des Amazones : une île peuplée uniquement de femmes, quasiment toutes guerrières et soumises à un entraînement drastique et intense. Mais au-delà, rien de plus. Jamais nous n’en saurons davantage sur la vie de l’île ou sur son organisation. Au lieu de ça, nous aurons droit à l’introduction, certes nécessaire, de la nature guerrière de ces femmes, de leur rôle mythologique et de la présence de Diana (future Wonder Woman), seule enfant de l’île. Là encore, la séquence est à côté de la plaque : alors qu’elle aurait pu illustrer l’ambivalence de la mythologie grecque et donner d’emblée un certain cachet au film, les scénaristes ont fait le choix d’en faire une simplification grotesque à grand renfort de références bibliques. Une décision qui annonce la couleur…

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Diana (Wonder Woman au premier plan) avec sa mère, sa tante et une amazone.

On passera rapidement sur la relation mère/fille de Diana : alors que l’on nous montre une mère impitoyable, stricte et protectrice au possible, jamais ces traits de caractères ne ressortent dans les paroles ou les actes du personnage. Jusqu’au départ de Diana de l’île et malgré les nombreuses désobéissances de la fille envers sa mère, jamais la tension ne montera entre les deux femmes, : les enjeux s’en retrouvent alors drastiquement amoindris faisant de la séquence d’exposition du film une introduction scénaristiquement mollassonne. Le tout est finalement à peine rattrapée par une magnifique scène de confrontation juste après le sauvetage de l’espion anglais Trevor, élément déclencheur de l’intrigue et par la même occasion, de notre intérêt.

Inachevé

C’est donc peu après cette longue introduction que débute enfin l’intrigue principale. Dès cet instant, le film joue de la naïveté de Wonder Woman qui, sous couvert de partir terrasser Arès (le dieu de la guerre qui serait responsable de la Première Guerre Mondiale qui fait rage) découvre le monde des Hommes, ses coutumes et ses étrangetés. C’est à ce moment précis que le film se rapproche le plus de l’idée qu’on pouvait s’en faire, à savoir distiller des messages féministes sur un ton volontairement léger. Dans l’idée, il s’agit surtout de dénoncer des absurdités comme les codes vestimentaires, très strictes et contraignant pour les femmes (à l’image du corset par exemple) ou le fait que les femmes soient interdites aux réunions militaires. Bien que d’autres éléments mineures viennent plus tard étoffer ces quelques dénonciations (maladroitement parfois), tout ce pan de discours ne reste qu’au final secondaire, simplement relayé au rang de trait humoristique : si “Wonder Woman” voulait frapper un coup, force est de constater que cette fois-ci, ce n’est malheureusement qu’un coup d’épée dans l’eau.

Autre déception, l’histoire principale et les antagonistes. Les sujets abordés sont nombreux : que ce soit la guerre, la nature humaine ou la corruption des Hommes, tous ont un potentiel immense. Cependant, il n’est jamais exploité. Au lieu de ça, on retrouve une sempiternelle confrontation entre le Bien et le Mal, des “méchants” à la gueule patibulaire réduits au simple rang de personnages fonctions et un Arès à la moustache ridicule à en faire hérisser la mienne. Malgré quelques tentatives fugaces aux apparences d’accidents de parcours dans cet ensemble plat, il n’y a donc aucun sous-texte, aucune profondeur dans le récit. Ne reste qu’une impression d’oeuvre inachevée qui n’a fait qu’effleurer des thématiques qui visiblement ont dépassé l’équipe en charge du projet. Ou du moins les producteurs.

Un film comme tant d’autres

Jusqu’à présent, je n’ai pas été tendre avec ce “Wonder Woman”, je le confesse. Mais si cela peut vous rassurer, tout est loin d’être raté. D’ailleurs, je n’ai jamais écrit que le film était mauvais, décevant il l’est, mauvais certainement pas. En effet, outre son scénario convenu, ses tentatives avortées et ses personnages secondaires peu reluisants, tout le reste demeure satisfaisant. Le personnage de Wonder Woman est relativement bien écrit et ses répliques, loin d’être non plus une référence, font souvent mouche. La petite équipe qui l’accompagne demeure attachante et leurs interactions entre eux cohérentes. Plus généralement, le film bénéficie d’une réalisation soignée et de décors convaincants (l’île du début est splendide). De la même manière, les scènes de combat bénéficient de chorégraphies et d’effets de mise en scène spectaculaire à souhait : seul bémol, le combat final, d’un autre âge, dégoulinant de mauvais effets spéciaux et souffrant d’un déroulement à la limite du nanardesque. Même écho pour la fin du film, balancez au visage du spectateur et sans réelle signification là non plus.

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Wonder Woman dans son film éponyme incarnée par l’actrice Gal Gadot.

Ainsi, voilà ce que l’on retiendra de “Wonder Woman” : un film aux multiples qualités mais contrebalancé par de nombreux défauts. Une multitude de thématiques abordées sans jamais qu’aucune d’entre elle ne soit creusée. Demeure l’impression d’un film inachevé, comme si l’oeuvre était passé à côté de son propos et que son potentiel avait été ignoré pour ne finalement faire qu’un film de super-héro comme les autres, presque insipide au regard des productions du même genre. “Wonder Woman”, c’est un peu cet amour de vacances, celui qui satisfait et enchante dans l’instant mais que l’on oublie sans peine en quelques jours. “Wonder Woman”, ce n’est que ce simple blockbuster de l’été dont la seule particularité est de mettre en scène un héros de sexe féminin. Quel dommage quand on s’aperçoit que cela aurait pu être tellement plus…

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