CRITIQUE – SUDA51, le punk du jeu vidéo japonais

Il est des créateurs qui laissent une trace durable dans le monde du Jeu Vidéo. Certains grâce à un talent particulier, certains grâce à une idée révolutionnaire ou d’autres encore de part leur personnalité. Et parfois, l’un d’entre eux réussit à réunir bon nombre de ces particularités, le tout teinté d’une once de folie et de provocation. Cet homme, c’est Goichi Suda alias “Suda 51” dont la vie et le parcours ont récemment fait l’objet d’une biographie aux éditions Pix’n Love.

Les auteurs :

Une fois n’est pas coutume, avant de nous intéresser à l’ouvrage et à la personnalité qui y est racontée, intéressons-nous d’abord aux auteurs de cette biographie : Mehdi Debbabi-Zourgani et Florent Gorges.

Dans une interview accordé au site Gamekyo, Mehdi Debbabi-Zourgani se décrit lui-même comme un “podcasteur depuis 5 ans sur l’émission “Je Game Moi Non Plus” et animateur sur la webtv “JVTV” de jeuxvideo.com depuis la rentrée.” C’est lui qui d’abord fut à l’origine du projet avant d’être rejoint plus tard par Florent Gorges qui s’occupera notamment plus en détails de la partie sur la jeunesse et les débuts de Suda 51. (Pour en savoir plus sur la conception de la biographie, je vous invite à lire cette interview : http://www.gamekyo.com/group_article45748.html)

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De gauche à droite, Mehdi Debbabi-Zourgani et Florent Gorges.

Mais qui est Florent Gorges ? Spécialiste de Nintendo, il a notamment rédigé “L’Histoire de Nintendo” (3 Volumes pour le moment). Également amoureux de l’histoire du Jeu Vidéo, il a animé “Les Oubliés de la Playhistoire” sur Nolife et collaboré à l’écriture de bon nombre d’autres livres sur le Japon dont d’autres biographies de créateurs japonais comme Yoshihisa Kishimoto (créateur de Double Dragon), Yoshitaka Amano (Final Fantasy) ou, dernièrement, Tomohiro Nishikado, le papa de “Space Invaders”. Ancien co-fondateur des éditions Pix’n Love, il est depuis 2010 à la tête de sa propre maison d’édition, Omaké Books. Vous l’aurez compris, ce n’est qu’une pointure de la rédaction et de l’édition de livres dédiés au Jeu Vidéo.

Le topo :

Avec “SUDA51, le punk du jeu vidéo japonais”, notre duo d’auteurs agrémente d’un nouveau volume la collection “Les Grands Noms du Jeu Vidéo”, une collection prestigieuse qui retrace la vie de nombreux grands acteurs du média comme Gunpei Yokoi (créateur des Game and Watch) ou encore Alexey Pajitnov (Tetris). Quoi de plus normal quand on prend connaissance du parcours atypique de Goichi Suda et de son influence durable sur la production de jeux vidéo au Japon ?

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La collection « Les grands noms du jeu vidéo » chez Pix’n Love. (Crédit photo : Raph’)

Créateur de “Killer7”, de “No More Heroes” ou encore de “Lollipop Chainsaw”, rien ne prédestinait Suda 51 à une telle carrière. Croque-mort et designer de sac en cuir à ses débuts, il fit ses premières armes sur un jeu de catch (sport dont il est fan) avant de finir un jour par créer son propre studio et ses propres licences à travers Grasshopper Manufacture. Sa marque de fabrique ? Surprendre, interpeller et déranger parfois mais toujours dans l’esprit de donner vie à une vision, ses visions, ce qui fait de ses jeux des œuvres uniques en leur genre.

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Extrait de couverture de « SUDA51, le punk du jeu vidéo japonais« .

Et qui de mieux pour parler de Suda 51 que Goichi Suda lui-même ? C’est grâce à de nombreux entretiens avec l’intéressé et certains de ses collaborateurs que les auteurs ont réussi à rédiger cette biographie officielle et inédite. Jeunesse, parcours professionnel et anecdotes de développement, tout, tout, tout, vous saurez tout sur Suda 51 et ses oeuvres.

Docteur Goichi Suda et M. Suda51

Comme la plupart des biographies, le rythme d’écriture est avant tout dicté par la chronologie des événements. Meilleur moyen de rendre compte d’une évolution, ce format, qui peut paraître contraignant, remplit ici pleinement sa fonction. Et pour cause, avec un parcours aussi atypique que celui de Goichi Suda, quoi de mieux pour rendre compte de la carrière haute en couleur du créateur qui, au fil de son expérience, deviendra peu à peu celui que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Suda 51.

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Goichi Suda alia Suda 51.

Au programme, on y découvre le portrait d’un enfant ni sage, ni terrible, peu attiré par l’école mais qui se plie tout de même aux règles. À travers cette période de sa vie, on en apprend davantage sur la scolarité au Japon ainsi que sur le mode de vie des japonais en général. Bien que tout ceci ne nous soit décrit qu’à travers l’expérience de Goichi Suda, et donc d’une seule facette, il devient alors intéressant de comparer cette vision à celle décrite dans la biographie de Yoshihisa Kishimoto (“Yoshihisa Kishimoto – Enter the Dragon” dans la même collection) : les deux hommes étant contemporains et ayant vécu une jeunesse bien différente (l’enfant sage pour l’un, le loubard pour l’autre), mettre en parallèle leurs parcours respectifs permet d’entrevoir une vision d’ensemble de cette jeunesse et des mœurs japonaises des années 60/70 et de l’industrie du Jeu Vidéo japonais les années suivantes.

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Travis, le héros de « No More Heroes« .

Au-delà de cette valeur historique, l’ouvrage se concentre bien sûr sur la vie du créateur. Outre quelques paragraphes sur sa vie privé, notamment à propos de sa situation d’enfant de parents divorcés (cas rare à l’époque au Japon) et quelques mots sur sa femme qui jouera un rôle clé dans son évolution, il est bien entendu davantage question des débuts professionnels chaotiques de Goichi Suda ainsi que de ses débuts dans le milieu du Jeu Vidéo. Anecdotes de développements, genèses de projets et création du studio Grasshopper Manufacture occupe également une grande part de la biographie, de la même façon que l’on revient beaucoup sur la vision d’auteur de Suda 51, en opposition parfois avec son statut de chef d’entreprise.

L’effeuillage :

Riche en illustrations et en photographies, l’ouvrage fait le pari de retranscrire l’esprit décalé et “punk” de Suda 51 à chacune de ses pages. Typographie, mise en page et dominance de rouge nous plongent ainsi dans l’univers du créateur, et ce, dès la couverture.

suda51-punk-jeu-vidéo-page-14

Particulièrement fournie, cette biographie est d’ailleurs à ce jour la plus épaisse de la collection. Quant au papier brillant utilisé, celui-ci demeure de qualité et assure un très bon rendu et une lecture agréable.

suda51-punk-jeu-vidéo-page-280

Conclusion :

couverture-suda51-punk-jeu-vidéo-japonaisGrâce à Mehdi Debbabi-Zourgani et Florent Gorges, avec le soutien de Pix’n Love, le parcours exceptionnel de Goichi Suda peut dorénavant être connu de tous. Ouvrage inspirant pour les créateurs en herbe et véritable mine d’or pour les amoureux des créations de Suda 51, “SUDA51, le punk du jeu vidéo japonais” est un petit bout d’histoire précieux du Jeu Vidéo qui permet de porter un autre regard sur l’homme, de mieux comprendre son univers et ses inspirations. Témoignage unique et de qualité adoubé par Suda 51 lui-même, cet ouvrage est un indispensable pour les admirateurs du créateur et de ses productions.

  • Critique réalisée à partir d’un ouvrage envoyé par Pix’n Love  et disponible ici en édition classique.
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2 commentaires sur “CRITIQUE – SUDA51, le punk du jeu vidéo japonais

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    1. Tu peux le prendre les yeux fermés, il est vraiment super intéressant ! « Pix’n Love » est un très bon partenaire, il ne m’impose absolument rien en terme de ligne éditoriale, je dis ce que je veux et ça c’est top ! Merci pour les encouragements 🙂

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