Les Figures de l’Ombre, les trois fantastiques

Non, vous n’êtes pas tombé sur la critique d’un film d’espionnage, ni sur un documentaire politique. Vous lisez la critique d’un film sur la vie de trois femmes noires qui ont travaillé pour la Nasa pendant la grande course à l’espace à une époque où la ségrégation était encore bien présente. Alors que donne « Les Figures de l’Ombre » ?

Une histoire vraie un peu romancée

Tout d’abord, parlons du scénario du film. Basé sur le livre « Hidden Figures » de Margot Lee Shetterly, le film nous raconte la vie de la mathématicienne Katherine Johnson qui est une calculatrice noire (oui la différence était faite à l’époque) et de deux de ses amies elles aussi calculatrice : Dorothy Vaughan et Mary Jackson. Et si vous vous demandez ce que c’est qu’une calculatrice, c’est très simple. Dans les années 60, l’informatique n’en était qu’à ses balbutiements : le premier calculateur d’IBM, lancé en 1954, avait une capacité de 2 kilo octets (ce qui est ridicule par rapport à ce que nous avons aujourd’hui) et il faudra attendre 1969 pour voir apparaître le microprocesseur. Les calculatrices servaient donc à réaliser le travail de calcul de la NASA avant l’arrivée des ordinateurs. On va donc voir ces trois femmes dans différents domaines : Katherine Johnson dans le calcul de trajectoire (on suit surtout son histoire), Mary Jackson dans l’ingénierie aérospatiale et Dorothy Vaughan dans la programmation en Fortran (Le fortran…). Bien sûr, entre le fait qu’elles soient des femmes et qu’elles soient noires, elles affronteront pendant leurs parcours beaucoup d’obstacles du quotidien avant  d’être prises au sérieux et être traitées comme égaux à leurs collaborateurs.

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Le trio de choc : Katherine Johnson (Taraji P. Henson), Dorothy Vaughan (Octavia Spencer) et Mary Jackson (Janelle Monáe).

Et pour toile de fond de toute ces histoires, on a les Etats-Unis d’Amérique en retard par rapport à l’URSS dans la course à l’espace et la Lune. Vous avez donc assez bien compris, le film ne se concentre pas sur les astronautes mais ceux qui les ont envoyés là-haut, même si les ingénieurs et les informaticiens sont un peu laissé derrière. Désolé mais Physics rules. En tout cas, le scénario qui reste proche de la véritable histoire (même si quelques scènes ont été inventées ou modifiées) est vraiment unique vu qu’il s’intéresse aux héros inconnus qui ont fait bouger les choses contre la ségrégation pour voir un homme poser son pied sur la lune, le tout en échappant à un côté niais. Bref une bonne histoire qui sert un bon propos.

La réalisation fait le travail

Un bon scénar’, c’est bien, mais bien l’exécuter, c’est mieux ! Et Theodore Melfi a fait ce qu’il fallait. Il n’a pas fait un chef d’oeuvre, loin de là, mais un truc assez classique avec une bonne composition de certains plans. Certes, parler de certaines scènes vous gâcherez la surprise, mais le réalisateur joue très bien avec les symétries, les premiers et seconds plans et même le placement des acteurs servent à montrer la ségrégation et l’intégration d’une façon assez claire. Après, il faudrait pas abuser, c’est pas non plus incroyable mais ça sert bien le film. On a donc un film très académique qui aurait pu être un peu plus original dans sa réalisation.

Un bon casting

Regardons un peu maintenant le casting. Je me dois de commencer, non pas par un rôle principal, mais par un rôle important : le scientifique Paul Stafford interprété par Jim Parsons, acteur peu connu qui a joué dans une petite série. Laquelle ? « The Big Bang Theory« . Quel rôle? Sheldon Cooper un scientifique asocial. Sans trop entrer dans le détail, le rôle de Jim Parsons dans ce film ressemble beaucoup à son autre rôle qui lui colle un peu trop à la peau. Ici c’est un scientifique (oh surprise) qui ne supporte pas de voir son travail vérifié par une femme noire :  il est donc insupportable avec elle (même si un peu lisse). Et même s’il fait une bonne performance, sans être marquant, loin de là, j’espère pour lui qu’il ne sera pas un acteur condamné à un seul et unique rôle dans sa carrière.

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Jim Parsons dans son rôle de Paul Stafford.

On va enfin parler de nos trois héroïnes, et très franchement on a le droit à de très bon jeux d’actrices. Chapeau d’ailleurs à Janelle Monae qui, est à mes yeux,  est la meilleure dans ce film avec son personnage mêlant humour, provocation et sérieux joué d’une très belle manière. Il y a aussi Kevin Costner qui joue le rôle du chef de la section de prédiction des trajectoires des vaisseaux qui est assez convaincant. Il joue bien le rôle de ce personnage dur et très pragmatique qui a de très bons moments. Enfin, on a Kirsten Dunst qui joue le rôle de Vivian Michael, responsable des calculatrices blanches. Elle est très loin d’être marquante : elle tend entre une femme ancrée dans le ségrégationnisme et très autoritaire, mais en même temps, elle n’impose rien de très flagrant. On dirait qu’elle juste là pour être méchante, pour faire le rôle d’une méchante mais sans que son personnage est un peu de profondeur, ce qui aurait été intéressant.

Une BO vraiment cool

Un point très positif, c’est la bande originale qui est vraiment ancré dans le film sans trop être présente. La BO a été composé par Pharell Williams, Hans Zimmer et Benjamin Wallfish et comporte quelques titres comme Runnin’, piste vraiment excellente aussi bien dans le film qu’en écoute simple. Le reste des musiques qui accompagnent restent classiques et pas très marquantes mais pose bien l’ambiance du film (c’est un peu la marque de Hans Zimmer). On pourrait quand même dire que les musiques manquent un peu d’un côté jazz ou blues, ce qui aurait encore mieux marché. Mais Hans Zimmer et du blues… Ça doit être assez bizarre.

Un poil trop lisse

Ce qu’on pourrait quand même reprocher au film, c’est un manque de piquant. Même s’il met le focus sur un racisme plus “quotidien” que de gros actes de violences, on sent que tous les personnages sont le cul entre deux chaises. Par exemple, nos trois héroïnes ne font jamais d’infractions, même pas mineure, comme par exemple allez aux toilettes des femmes blanches (ce qu’a réellement fait Katherine Johnson). Alors certes, cela sert à faire d’excellentes scènes où on voit Katherine courir pour aller le plus rapidement aux toilettes des noires… Bon ça sonne très bizarre, mais il faut voir le film bon dieu de scrogneugneu. Bref. Nos héroïnes sont lisses, les autres personnages aussi, surtout les supérieurs de la NASA qui ne sont pas assez marqués.

Un bon feel good movie

Au final, nous sommes en présence d’un bon film traitant d’une histoire incroyable nous montrant, d’une part, un côté de la conquête spatiale assez méconnue et de l’autre, la conquête sociale qui s’est déroulée derrière les flashs. Le film aurait pu être excellent, surtout avec ces trois personnages féminins pas si hors du commun et bien incarnées par de bonnes actrices impliquées.

Ça n’empêche, ce film fait du bien et je vous conseille vraiment d’aller le voir.

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2 commentaires sur “Les Figures de l’Ombre, les trois fantastiques

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