Linux et les jeux vidéo, une histoire d’alternatives

Jouer sur PC rime avec jouer sous Windows, si vous avez encore des boîtiers de jeux il y a de fortes chances qu’ils soient estampillés « Games for Windows ». Pourquoi est-ce comme cela, et comment pourrait-il en être autrement ? Laissez-moi vous expliquer.

Le vilain petit pingouin

Nous avons tous entendu parler de Linux, ses censeurs ou ses évangélistes s’accorderont sur la définition suivante : “Linux” désigne couramment un ensemble de systèmes d’exploitation libres, gratuits et open source. Un système Linux permet comme Windows d’utiliser son ordinateur, sauf que les applications qui le composent n’appartiennent pas à Microsoft et qu’on ne paye pas pour les obtenir. Selon leur conception les applications peuvent ne fonctionner que sur l’une de ces plateformes, c’est le cas de DirectX, qui contient l’API graphique de Microsoft. Une API graphique permet aux développeurs de donner des instructions au pilote du processeur graphique afin qu’il produise le rendu souhaité, c’est donc un rouage essentiel de l’affichage d’un jeu vidéo.

DirectX qui ne fonctionne que sur Windows et sur Xbox est depuis la fin des années 90 l’API la plus utilisée pour développer des jeux, par conséquent la grande majorité des titres PC sont incompatibles avec Linux, ce qui n’en chagrine à priori pas beaucoup, les utilisateurs de Linux n’étant pas nombreux, mais les chagrine beaucoup, car être amateur de jeux vidéo sans pouvoir y jouer est très ennuyeux.

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Tux, la mascotte de Linux, est traditionnellement repue et satisfaite.

Une API pour les gouverner tous

Pourtant il existe une alternative à DirectX: OpenGL, qui est à l’origine une API graphique propriétaire de la société californienne Silicon Graphics qui décide de rendre son code open source pour que n’importe quel développeur puisse contribuer à sa maintenance. Un avantage d’OpenGL lié à la publication de son code est le multiplateforme : elle fonctionne sous Windows, OSX et Linux, entre autres. Elle a donc été utilisée pour développer des jeux natifs comme Tux Racer ou par le studio Loki Software qui porte un opus de Civilization de Windows à Linux en 1999. Du côté des indépendants les développeurs derrière le premier Humble Bundle proposent en 2010 un ensemble de jeux multiplateforme pour un prix libre. Malgré ces initiatives le nombre de jeux populaires sur Linux reste limité alors qu’OpenGL souffre du monopole de Microsoft et d’une mauvaise réputation que ses performances ne justifient pas, étant sur le plan technique aussi pertinent que DirectX. C’est ce qu’un autre géant américain sait bien lorsqu’il intervient pour conquérir ce marché.

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Le PDG de Valve, Gabe Newell, à la GDC 2010.

Valve lance Steam sur Linux en 2012 et par la même occasion Source, le moteur qui gère les aspects techniques de leurs jeux comme communiquer avec les API. L’annonce qui suit en 2013 est celle des Steam Machines et de SteamOS, respectivement des consoles de salon et un OS Linux pour les faire fonctionner. Les Steam Machines sont produites par différents constructeurs, d’Alienware à Matériel.net, et n’ont pas toutes la même configuration matérielle. Elles devraient en tout cas utiliser Vulkan, l’API ouverte qui succède à OpenGL et tire le meilleur parti des ressources des processeurs. SteamOS est comme une distribution de Linux téléchargeable gratuitement, et peut être installé sur n’importe quelle machine. C’est une manière stratégique de pénétrer le marché peu varié des consoles avec un écosystème lié à Valve, qui tout en critiquant la nature fermée de Windows ne dévoile pas les sources du client Steam sans lequel on ne peut jouer sur SteamOS. Bien que les jeux disponibles sur Linux se soient multipliés depuis, Valve est concurrent de Windows et n’a pas davantage d’intentions philanthropiques, l’idée est d’asseoir son emprise sur le jeu PC et console en facilitant la diffusion de son système.

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Une communauté libre dans 0AD.

Liberté chérie

Android utilisera dans sa prochaine version Vulkan, le moteur Unreal Engine intègre l’API, CryEngine publie son code source qui reste soumis à une licence restrictive : de nombreux acteurs choisissent l’open source essentiellement pour la flexibilité et la sécurité du modèle, ses avantages n’étant plus à prouver. Si la version Linux d’un titre ne dépasse pas la promesse marketing c’est justement une question de commerce et non de technique, car les outils ne manquent pas. Linux est minoritaire, c’est un marché de niche qui ne suffira pas à faire la fortune d’une entreprise. Qu’importe, la vocation de Linux est de proposer une alternative libre, pas seulement open source: tout le monde peut contribuer aux logiciels libres qui sont gratuits et le restent. Par exemple 0AD est un jeu de stratégie dont le code et les ressources graphiques sont sous licence libre, cela laisse l’opportunité à chaque membre de sa communauté d’apporter sa pierre au jeu qu’il soit développeur, graphiste ou polyglotte. Au delà de la liberté de jouer sur sa plateforme préférée, jouer sur Linux au sens fort signifie pouvoir se passer de la logique commerciale dominant l’industrie du jeu vidéo, jouer en tant que passionné plus qu’en tant que consommateur. Car l’alternative libre n’a pas vocation à proposer les même logiciels, mais bien de meilleurs.

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2 commentaires sur “Linux et les jeux vidéo, une histoire d’alternatives

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  1. « la vocation de Linux est de proposer une alternative libre, pas seulement open source: tout le monde peut contribuer aux logiciels libres qui sont gratuits et le restent. »
    En voilà une grossière erreur de ta pars mon cher ami. Un logiciel libre n’est pas forcément gratuit, il peut tout à fait être payant mais libre de droit.

    Pour prendre l’exemple des jeux vidéo, tu peux très bien rendre le code source libre de droit mais les données graphiques propriétaires, ainsi ton logiciel est payant mais libre de droit (le code étant libre tu peux très facilement le modifier, trouver des versions modifiées pour tourner sur certaines machine spécifique, ou soyons fou l’adapter à openGL ES ou vulkan) pourtant si tu n’as pas payé pour les données que le logiciel utilise tu ne peux pas en profiter. Dans les fait, je ne pense pas qu’il y a beaucoup de logiciel qui mette en pratique cette possibilité.

    Aimé par 1 personne

    1. Un logiciel libre, dans le sens de linux (GNU/linux), peut être redistribué tant qu’il reste dans sa licence d’origine, les logiciels linux sont distribués gratuitement, ainsi il je crois qu’il est difficile de rendre payant un logiciel libre.

      C’est toujours possible par abus de langage, on peut vendre l’exécutable compilé à partir de sources libres, ou mettre en pratique la méthode un brin diabolique que tu suggères. Mais dans ce cas le logiciel dans son ensemble n’est pas libre, ses sources sont libres, mais ses assets graphiques ne le sont pas. Les licences ne sont parfois pas les mêmes, dans 0AD le logiciel est sous GPL mais le contenu graphique et les musiques sont sous Creative Commons: bref un imbroglio de notions juridiques et informatiques dont mon article n’est qu’une humble vulgarisation!

      Aimé par 1 personne

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