Critique – Les cahiers du Jeu Vidéo : Girl Power !

“Vous les femmes, vous le charme, vos sourires nous attirent nous désarment.” Voilà ce à quoi les femmes sont généralement réduites : des appâts à hommes, pleurnichardes, souvent en détresses, parfois femmes fatales et femmes fortes à de rares occasions. Mais qu’en est-il dans le Jeu Vidéo ? Tentative de réponse avec “Les cahiers du Jeu Vidéo : Girl Power !” par Pix’n Love.

Sortez vos cahiers, le cours va commencer.

Avant de parler plus en détails du volume “Girl Power !”, attardons nous d’abord sur la collection “Les cahiers du Jeu Vidéo”. Cette collection est composée à ce jour de quatre volumes portant chacun sur un thème différent, allant de la guerre au football. Contrairement aux habitudes, ce n’est pas un mais plusieurs auteurs qui sont invités à s’exprimer sur le sujet traité, guidés par une personne chargée de la coordination. Cela permet d’aborder le sujet sous différents angles, garantissant alors plusieurs visions. Mais plutôt que de s’égarer à expliquer davantage l’intérêt de la collection, voici un extrait de la quatrième de couverture :

« Son credo ? Une plongée dans la game culture à travers des articles de fond très vastes qui enquêtent sur ses multiples facettes culturelles : art, idéologie, histoire, pop culture, géopolitique, consommation… L’intérêt est de comprendre pourquoi les jeux nous amusent, de démonter leur architecture et de dévoiler les nombreux fils qui les relient à notre vie quotidienne. »

Girl Power ?

Bien que rien ne soit encore parfait, la place de la femme dans notre société a considérablement évoluée. Cependant, le son de cloche est différent dans une grande partie des produits culturels à destination du grand public. Que ce soit au cinéma, dans la littérature ou dans les jeux vidéo, les clichés ont la vie dure. L’archétype de la femme objet fragile et aguicheuse subsiste et y est exploité jusqu’à l’écoeurement

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Visuel de l’affiche du film « L’attaque de la femme de 50 pieds » (1958)

jade-beyond-good-evilLe jeu vidéo n’est bien sûr pas épargné, réutilisant sans cesse depuis ses débuts le gimmick de la femme plaisante à voir, tantôt récompense ultime, tantôt représentation du mal absolu et des vices les plus malsains. Fort heureusement, cette tendance commence à disparaître : les héroïnes à la personnalité développée sont de plus en plus courantes, il en va de même pour la plupart des personnages secondaires féminins dont le statut de simple objet de désir est de plus en plus délaissé.

Au delà des oeuvres, la condition féminine souffre également au sein même du milieu professionnel des Jeux Vidéo, milieu encore assez machiste. Encore une fois, les mentalités évoluent dans le bon sens, comme en témoigne le nombre croissant de femmes occupant des postes à hautes responsabilités.

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Jade Raymond et son équipe

On touche le fond…

La femme dans les jeux vidéo. Voici donc le sujet de ce “Les cahiers du Jeu Vidéo : Girl Power !”. Au fil des pages, on nous décortique la condition féminine, on essaye de comprendre comment et pourquoi la femme est représentée et traitée ainsi, aussi bien dans notre société que dans nos produits de divertissement, et plus particulièrement, le jeu vidéo.

Comme évoqué plus tôt, l’ouvrage se compose de plusieurs articles d’auteurs différents, chacun abordant le thème selon un sujet bien précis. Cette aspect constitue à la fois la force et la faiblesse du livre. En effet, d’une part, chaque auteur est libre d’écrire dans le style qu’il désire. Cela permet de casser la monotonie de la lecture et de donner à chaque sujet traité sa propre identité. En revanche, cette singularité vient régulièrement casser la cohérence de l’ensemble : certes, la thématique traitée est la même mais le grand écart entre certains styles d’écriture est un peu perturbant.

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Cette démarcation entre chaque article est d’autant plus prononcée que la qualité et la profondeur des réflexions est très inégale. Alors que certains sujets ne vont être qu’effleurés, d’autres seront plus développés, voire trop développés parfois, à la limite du pompeux. Ainsi, on ne sait plus ce qu’on lit réellement : simple état des lieux, réflexion poussée ou historique de la condition féminine dans le Jeu Vidéo ? Certainement un peu des trois, ce qui est fort dommage.

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Dommage car souvent, on en vient à regretter que tous les sujet ne soient pas traité avec le même aplomb, surtout que l’ouvrage est parsemé de témoignages très intéressants et se base sur  de nombreuses enquêtes. Se dégage de tout cela une véritable impression de bien faire que l’on retrouve au détour des articles les plus travaillés, et donc, les plus intéressants.

À fond la forme !

Le moins que l’on puisse dire de cette ouvrage, c’est que la forme a bénéficié d’un soin tout particulier, et ce, dès la couverture. Chaque page a été maquettée minutieusement, tant et si bien qu’il est rare d’en trouver deux similaires. Quand on feuillette l’ouvrage, force est de constater que le tout est du plus bel effet et donne envie : on est loin d’un livre austère à l’apparence indigeste.

À y regarder de plus près, le ressenti est tout autre. Bien que les illustrations égayent les pages, il n’est pas rare qu’elles perturbent la lecture. C’est bien là que le bât blesse : la forme est mise en avant, au détriment du fond. De ce fait, certaines pages paraissent désordonnées, et disons le franchement, bordélique. Outre des paragraphes entiers remodelés et séparés grossièrements, notre œil est souvent attiré par les couleurs criardes des images, rendant l’ensemble difficilement lisible.

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Demeure au final une impression de gloubiboulga, d’un mélange appétissant et jolie au premier abord mais finalement lourd et pas toujours de bon goût…  Heureusement, ceci ne pose problème que pour quelques pages seulement !

Mouais/20


extrait-cahier-jeu-video-girl-power-couvertureÀ l’heure de rendre le verdict, je suis partagé. D’un côté, l’ouvrage traite son sujet de manière originale et pousse la réflexion à différents degrés. J’ai en effet appris bon nombre de choses et le tout a redéfini ma vision de la condition féminine dans le monde du jeu vidéo. Cependant, le contenu est en demi-teinte. On assiste à quelques fulgurances bien trop rares qui se mêlent à d’autres articles plus modestes, moins profonds. En ressort une impression de frustration : celle d’un travail inachevé qui aurait mérité qu’on s’y attarde davantage. 
Mon autre regret, c’est celui de l’inconfort de lecture qui intervient de temps en temps et pourra en rebuter plus d’un. Le style adopté par le livre est particulier, c’est certains. On frôle parfois le kitsh et le mauvais goût mais cela fonctionne bien et achève de donner une identité à ce volume “Girl Power !”. Un mal pour un bien en somme.


En bref, je ne conseille “
Les cahiers du Jeu Vidéo : Girl Power !” qu’à ceux qui sont réellement intéressé par le sujet. En faisant fi des quelques défauts que j’ai évoqués, ils seront sûrs d’y trouver des éléments pertinents pouvant nourrir leurs réflexions. Quant aux autres, à vous de juger : la curiosité n’est pas toujours un vilain défaut !

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2 commentaires sur “Critique – Les cahiers du Jeu Vidéo : Girl Power !

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